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Fornax éditeur

est un éditeur artisan établi en Champagne (dans le petit village de Bannes)
qui a aussi eu pendant 26 ans un atelier en Île de France (dans le petit village de Paris),
mais ne l'a plus.

 
L'atelier de Bannes
L'atelier de Bannes

L'atelier de Bannes.

 

● Fornax n'édite que de la littérature – illustrée ou non d'estampes – suivant les goûts et humeurs de Christian Laucou qui préside à ses destinées. Ceux-ci le portent (sans exclusive) vers la littérature contemporaine et celle qu'il appelle « de l'entre deux guerres » (comprendre entre 1870 et 1914).

● Christian Laucou, typographe traditionnel au plomb et imprimeur, conçoit tous les livres de Fornax et en imprime la quasi totalité. Il est aussi imprimeur à façon en typographie et pédagogue. On trouvera toutes les informations au sujet de ces deux activités sur son site professionnel : cls-typo.

● Plumitif discret, il lui arrive aussi de commettre de la littérature ; il prend alors le nom de Christian Soulignac ou signe CLS afin de séparer l'activité littéraire de l'activité éditoriale. Il tient plus ou moins régulièrement un blog orienté typographie, principalement la « typo des rues ». On en trouve les derniers billets ci-dessous.

Les 2 derniers billets
Manuel typographique et édition  -  par cls

Des livres… et moi !
 

J'ai récemment pris la décision de mettre des gants de soudeur à l'arc pour me rendre à ma boîte aux lettres. Tant de choses y arrivent quasi quotidiennement depuis quelques temps que sa porte et ses parois de métal chauffent suite aux ouvertures et fermetures successives. J'ai peur de me brûler.

Pas plus tard que samedi dernier deux livres m'y attendaient. L'un dont je savais l'arrivée imminente puisque je l'avais commandé à une librairie d'ancien, l'autre fut une semi-surprise. On (son auteur) m'avait annoncé sa parution imminente, mais je ne savais pas quand. Les livres, c'est comme les bébés, leur gestation est lente et leur arrivée peut se faire à terme, ou prématurée, ou postmaturée. On ne sait pas vraiment à l'avance. Surtout quand on se trouve du côté « lecteur » du phénomène.

La suite du hasard
(Vinçard, le retour !)

Je vous ai raconté par le menu, voici deux semaines de cela, l'arrivée dans ma bibliothèque technique de l'édition 1823 de L'Art du typographe de Vinçard (voir →ici). Le succès de cette acquisition inopinée me donna envie de re-farfouiller chez les libraires d'ancien en ligne, en quête de l'édition de 1806 (un petit chef-d'œuvre) de son manuel… Point d'édition de 1806, hélas, mais… mais… (je ménage le suspens) j'ai trouvé son Traité de ponctuation de 1809. D'après l'exemplaire Estienne qui en possède la deuxième édition, ce manuel en eut trois, et d'après Alkan aîné ce traité autour de la ponctuation eut pas mal de succès <autopub>(si vous n'avez toujours pas acheté le tome consacré au 19e siècle de l'Histoire de l'écriture typographique — manque total de discernement ou inintérêt patent — voir →ici pour réparer votre bévue).</autopub> Dans l'exemplaire Estienne (deuxième édition) du Traité est collée la page de titre de la troisième édition, preuve qu'elle a existé.

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titre de la 3e édition.

Exemplaire Estienne, page de titre de la troisième édition collée avant la page de titre dans la deuxième édition. Sans vouloir être méchant avec les relieurs en général (mon épouse demanderait le divorce immédiatement), la personne qui a relié cet exemplaire est un véritable sagouin qui n'a pas hésité à couper le premier mot du titre alors qu'il y avait suffisamment de papier vierge en bas de page pour éviter ce sacrilège.

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titre de la 2e édition.

Pas plus que pour la troisième édition, cette deuxième édition ne porte de date. La date de la première édition est 1809 (on va le voir plus bas). Deux ans après cette date, en 1811 donc, Vinçard va se voir retirer son brevet d'imprimeur pour raison de numerus clausus. Pas plus de 80 imprimeurs sur la place de Paris. Bien qu'il ait bataillé pour garder son brevet, il ne le retrouvera jamais et ne pourra plus exercer. C'est peut-être la raison qui fait que la deuxième et la troisième édition de son traité ne porte pas de date. Peut-être a-t-il bravé l'interdiction et a-t-il imprimé ces rééditions de manière illicite après la date de 1811. Cela explique également le fait que la deuxième édition, en 1823, de son Art du typographe ait été composée et imprimée par son fils qui travaillait chez un imprimeur breveté.

Sur la page de gauche face à cette page de titre on peut noter cette mention intéressante (On conserve la capitalisation abusive) : « Le Sr VINÇARD donne des Leçons de Typographie, et vend des petites imprimeries portatives, à l'usage de MM. les Auteurs ou Amateurs. » Ce qui pourrait confirmer mon hypothèse précédente. Ayant perdu son brevet d'imprimeur et n'ayant plus son imprimerie pour vivre, il lui fallait trouver des revenus de substitution.

Venons-en maintenant à notre achat récent : la première édition du Traité de ponctuation. Autrement dit l'édition originale de cet ouvrage qu'on peut encore appeler, pour se la péter grave, édition princeps. Pas du tout mécontent le petit bonhomme moi-même en constatant que c'était réellement cette première édition que j'avais entre les mains. Je ne connaissais auparavant que l'exemplaire Estienne que j'avais photographié pour le lire.

La reliure est proche de celle de mon exemplaire de l'Art du typographe, veau marbré et encadrement à la roulette ornée. D'ailleurs quand je les ai placé l'un à côté de l'autre, ils ne se sont pas fait la gueule, ils se sont tout de suite adoptés mutuellement.

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Reliure de mon exemplaire.

Le cuir est épidermé par endroits, les coins sont rognés. Ces deux caractéristiques qui peuvent paraître incompatibles avec l'entrée dans une bibliothèque de bibliophile pur et dur et quelque peu maniaque sur les bords (je minore ici mon propos pour ne vexer personne) me rendent mon exemplaire particulièrement attachant. Elles sont la preuve que cet exemplaire a servi, qu'il a été lu, qu'il a été utilisé — qui sait — par une ou plusieurs personnes pour la plus grande joie de leur culture. C'est un exemplaire vrai. Pas un moribond auquel il ne faut surtout pas toucher parce qu'il a une reliure de prix réalisée par un relieur renommé  de ces reliures qu'il convient de mettre dans le noir, au fond d'un coffre-fort, pour que l'ouvrage (dont on se fout un peu du texte) ne perde pas de sa valeur de revente.

Mais je m'emporte. Voici la page de titre :

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Page de titre.

Comme on le voit elle est datée. Vinçard en est bien l'auteur et l'imprimeur. Il se dit « Typographiste ». Un mot qui a encore cours de nos jours mais avec un sens totalement différent. Vinçard se disait « Typographe » quand il exerçait son métier d'imprimeur, et « Typographiste » quand il écrivait au sujet de la typographie (au moment où j'écris ce texte, je suis typographiste, et typographe quand je suis dans mon atelier à me salir le bout des doigts avec cet alliage toxique qui a servi à multiplier tant de chefs-d'œuvre : la matière typographique faite de plomb, d'antimoine et d'étain).

C'est avec cette première édition du Traité de ponctuation que l'on peut comprendre le succès de son Art du typographe. En effet, in fine, il y reproduit des lettres de célébrités de l'époque auprès desquelles il a fait un service massif… et gratuit par définition. Des célébrités qui le remercient et dont il publie les lettres de remerciements. C'est donc grâce à cet envoi en grand nombre auprès des personnes bien placées que son ouvrage connut le succès (6000 exemplaires nous dit Alkan aîné), chance que n'eut pas, quelques années plus tôt, Momoro qui écrivit et imprima son manuel juste avant d'être guillotiné, ce qui ne lui laissa pas vraiment le temps de faire sa promotion.

Vinçard ne fut bien évidemment pas le premier à s'intéresser à la ponctuation française. Il eut de nombreux prédécesseurs. Pour n'en citer qu'un (et pas des moindres), il y eut Estienne Dolet dans son ouvrage La manière de bien traduire d'une langue en aultre. D'advantage. De la punctuation de la langue françoyse, plus des accents d'ycelle qu'il publia à Lyon en 1540. Toutefois le manuel de Vinçard, est relativement court (168 pages), simple et bourré d'exemples. La typographie y est claire, malgré le choix d'un plus petit corps pour les exemples les plus longs et pour la poésie, afin de ne pas prendre le risque de couper un vers en deux.

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Page 10 et 11.

On notera qu'en 1809, on espaçait encore la virgule devant et derrière, ce qui n'a plus cours aujourd'hui dans l'orthotypographie française.

Vincard-Ponctuation-1reEd-50-51.jpg
Page 50 et 51.

Vinçard dut se précipiter pour vendre son traité dans cette prime version de 1809. Il en confia les feuilles d'impression peut-être un peu trop tôt au relieur. L'encre n'était pas encore tout à fait sèche. En témoignent ici les reports d'encre de la page de gauche sur la page de droite et ceux de la page de droite sur la page de gauche. Vinçard étant un bon imprimeur, il est difficile d'imaginer la seule autre raison à ce report : la mauvaise fabrication d'une encre qui sècherait trop difficilement.

En voilà fini avec Vinçard pour cette fois-ci… mais en raison du succès de mes deux recherches précédentes, je vais continuer à chercher lArt du typographe dans son édition de 1806… Passons maintenant à un tout autre sujet, lui aussi issu de ma boîte aux lettres.

Les éditeurs parisiens de l'avant-siècle
1870-1914

Si l'ouvrage de Vinçard était plutôt mince, celui de l'ami Gilles Picq est massif et imposant. Plutôt grand de format (23 cm de haut pour 14 cm de large), il compte pas moins de 621 pages, table des matières comprise. En quoi consiste-t-il ? Tout simplement en le recensement des éditeurs dits de l'avant-siècle, la période que j'appelle, moi, l'entre deux guerres, celle de 1870 où les Français prirent une déculottée, et celle qui commença en 1914 et fut bien massacrante se terminant par une victoire des Français qui provoqua la Seconde Guerre mondiale. Faut ce qu'il faut ! On est bien obligé de temps en temps — nous les bipèdes de toutes nations — de créer de telles périodes pour écrémer les diverses populations mondiales afin de ne pas subir la surpopulation et les crises du logement. Bref, revenons à nos éditeurs parisiens. Au passage, on constate que ceux des banlieues et des provinces peuvent aller se rhabiller, à moins que l'ami Gilles n'ait prévu un second volume pour eux, ce qui serait une bonne idée. Faudra que je pense à lui demander.

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Couverture (et dos pour montrer qu'il est épais) du livre de Gilles Picq.

Donc l'ami Gilles répertorie les éditeurs (même ceux de livres cochons, je dis ça pour allécher le futur lecteur et le forcer à acheter), il présente leurs histoires de la naissance à la mort, si mort il y a, et donne leurs catalogues respectifs (pas toujours complet mais quand un éditeur étudié a produit des milliers de livres, c'est bien normal de ne pas citer tous ses livres, faute de place). C'est un travail de Titan qu'il nous propose là. Un travail qui nécessite des manipulations sans nombre et des consultations de bases de données à rallonge. Sans compter les vérifications et les suppressions d'erreurs. Un travail de fou ; mais Gilles Picq n'est pas fou, il est patient, opiniâtre et courageux. Et généreux puis qu'il nous l'offre pour une somme modique, son opus. J'ai calculé : moins de 0,047 € la page. Ça nous change du carburant et, puisqu'on en parle, c'est un merveilleux carburant pour l'esprit, son livre. On y fait fonctionner à fond ses petites cellules grises, comme disait Poirot, et on y apprend une foultitude de choses.

Bien sûr, vous allez me dire qu'il faut s'intéresser aux éditeurs parisiens de l'avant-siècle (ce qui est mon cas), ou tout du moins avoir le désir de s'y intéresser, de s'avancer dans cette terra incognita et de défricher le terrain de ses circonvolutions cérébrales pour y loger de nouveau habitants, les éditeurs précités.

Le livre ne se présente pas comme un roman qu'il faudrait lire du début jusqu'à la fin. Ce serait idiot. C'est un livre genre Codex, sous espèce Dictionnaire ou assimilé. Un livre à picorer les longues soirées d'hiver quand le besoin impérieux du savoir universel vous prend aux tripes et ne veut plus vous lâcher. Au coin du feu de bois dans un fauteuil moelleux pour les plus chanceux, ou à côté du radiateur de chauffage central sur un tabouret branlant pour ceux qui le sont moins.

Quand j'ai récupéré le livre, j'ai failli tomber en avant tellement il était lourd. Lourd de connaissances accumulées. J'ai feuilleté rapidement et, comme de juste, je suis allé illico à un ou deux sujets sur lesquels j'avais un peu travaillé du temps où j'avais des cheveux et qu'ils étaient noirs. Le Mercure de France, par exemple. Alors je me suis dit que j'allais un peu illustrer son propos, au Gilles. Son éditeur, l'Échappée, n'avait pas les moyens financiers de lui proposer un ouvrage où toutes les illustrations seraient en couleur. Je sais combien ça coûte, moi qui suis un peu de la partie. Alors, avec mes modestes moyens, et ma modeste bibliothèque, je vais tenter d'illustrer un peu et en couleur son entrée Mercure de France. On y va…

Dans leurs débuts, les éditions du Mercure de France se permirent un certain nombre de fantaisies éditoriales qu'elles finirent par abandonner au fil des années pour leur sempiternelle couverture jaune au caducée entourant un format in-18 classique. Voici deux ou trois de ces fantaisies.

Phocas-Couv.jpg
Phocas, la couverture.

Première de couverture de Phocas de Remy de Gourmont. L'ouvrage est une mince plaquette de 32 pages au format carré d'un peu moins de 16 cm. Les dessins de couverture et les vignettes sont de Gourmont lui-même. Le titre de l'ouvrage n'apparaît pas immédiatement, caché qu'il est dans le dessin.

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Phocas, 4e de couverture.

Le dessin de la 4e de couverture. Le papier, assez mince, de couverture est un Ingres MBM bleu foncé qui dépasse, sans rempli, assez fortement de l'intérieur du livre.

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Phocas, page de titre.

La page de titre, datée de 1895, porte une vignette de Gourmont et la plaquette entre dans la collection de l'Ymagier, une revue créée par Gourmont et Jarry qui ne durera que jusqu'à la brouille entre les deux hommes à cause de l'affaire de la Vieille Dame (Berthe de Courrière).

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Le Fantôme, couverture.

Le Fantôme du même Remy de Gourmont paraît deux ans plus tôt, en 1893, dans un format plutôt oblong (approximativement 22 cm de haut sur 13 de large), doté d'une forte couverture grise à l'extérieur et aux reflets mordorés à l'intérieur. Qu'on ne se méprenne pas, la reproduction de cette couverture n'a pas été inversée par le typographe CLS, par jeu, ou pour se faire plaisir. Son titre est réellement inversé.

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Le Fantôme, lithographie de Henry de Groux.

L'ouvrage est illustré de deux lithographies de Henry de Groux placées à la suite l'une de l'autre au début de l'ouvrage. La première des deux est représentée ici, faisant face à la justification de tirage. Cette page de justification de tirage, ornée de la signature autographe de Gourmont paraît quelque peu floue. La raison en est qu'elle est recouverte de la serpente à motifs de fleurettes qui sépare les deux pages, l'une en typographie, l'autre en lithographie. C'est une pratique assez courante dans un livre illustré par la lithographie ou la taille-douce de séparer l'illustration du texte par une serpente de papier très mince (pas toujours à fleurettes) pour éviter que l'une des deux impressions n'étant pas sèche, son encre ne se dépose sur l'autre page comme on l'a vu plus haut avec le Vinçard. Lorsqu'on obtient la certitude que toutes les impressions sont sèches, la ou les serpentes peuvent être ôtées et jetées, mais nombre d'amateurs préfèrent les conserver, au risque que ces dernières ne tachent ou ne fasse roussir le papier de l'édition si elle n'est pas constituée d'un papier au pH neutre.

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Le Trèfle noir, couverture.

La couverture à plat du recueil de petit format (15,5 cm de haut sur 9,5 de large) Le Trèfle noir de Henri de Régnier dont c'est la première édition, sur vergé à la forme, éditée en 1895. Il s'agit d'un recueil de trois nouvelles (Hertulie, Histoire d'Hermagore, Hermocrate) qui valut à l'île consacrée à Régnier dans l'ouvrage de Jarry les Gestes et Opinions du docteur Faustroll, pataphysicien d'être baptisée île de Her. On constate aisément que ni le nom de l'auteur ni le titre du recueil, ni le nom de l'éditeur ne figurent sur cette couverture. Seulement un gros trèfle imprimé en noir sur la 1re et un petit sur la 4e.

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Ubu Roi, couverture.

La couverture de la seconde édition d'Ubu Roi d'Alfred Jarry, en 1897. À l'exception de cette couverture imprimée en typographie, le reste de l'ouvrage est imprimé en autographie lithographique reproduisant l'écriture de Jarry et celle de Claude Terrasse pour les partitions musicales. L'ouvrage est au format traditionnel in-18 des livres du Mercure de France mais Jarry a obtenu licence, auprès de son ami et directeur du Mercure de France Alfred Vallette, de remplacer le traditionnel caducée par le portrait du Père Ubu, qu'il avait gravé sur bois. Il est à noter que la première édition d'Ubu Roi, en 1896, est entièrement en typographie, qu'elle est au même petit format que le Trèfle noir et qu'elle porte, elle aussi, le portrait gravé du Père Ubu en couverture.

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Ubu Roi, page de titre.

La page de titre de la seconde édition, autographie de la main de Jarry. Il est à noter qu'oncques n'a-t-on entendu parler, ni lu, ni vu une quelconque Forêt vierge littéraire d'Alfred Jarry et d'André-Ferdinand Herold en dehors de la page 4 de cette seconde édition.

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Le Conte de l'Or et du Silence, couverture.

La couverture du Conte de l'Or et du Silence de Gustave Kahn, première édition de 1898. Elle représente la norme absolue des ouvrages du Mercure de France. Papier jaune, format in-18, grand caducée jaune foncé et petit pétase ailé noir. Le dessin du caducée changera un peu au fil des années mais l'esthétique générale restera la même. Quelques rares titres abandonneront le papier jaune pour une autre couleur comme le recueil de poèmes de Francis Jammes La Vierge et les Sonnets qui se verra couvrir de bleu foncé en 1919. Mais ces changements de couleur ne sont que des exceptions particulièrement exceptionnelles, dignes d'une Pataphysique à la Alfred Jarry.

Le choix de ce titre de Gustave Kahn n'est pas dû totalement au hasard de la main qui fouille dans la bibliothèque. Il est là pour annoncer la sortie, voici quelques temps déjà de la réédition de ce roman par l'ami de très longue date Richard Shryock, le plus grand spécialiste mondial et même intersidéral de Gustave Kahn. Cette réédition, préfacée à quatre mains de maîtres par l'ami Richard et Samuel Kunkel est parue en 2025 aux éditions du Lérot qui ne rêve plus beaucoup et des Amis d'Alfred Jarry réunis. Notons que le Conte de l'Or et du Silence fait partie des 27 livres pairs du docteur Faustroll. Ce qui explique la présence de Jarry et de ses amis.

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Le Conte de l'Or et du Silence, couverture de la réédition.

Comme on peut le constater cette coruscante couverture est sang et or. Une allusion au Sud-Ouest de la France ? on peut en douter, Gustave Kahn était né à Metz. Alors, une symbolique des couleurs. L'or s'explique par l'Or du titre. Mais le rouge, symbolise-t-il le Silence ? Peut-être… si l'on se souvient qu'en héraldique le rouge se dit gueules et que l'expression « Ta gueule ! » demande le silence à un interlocuteur trop bavard, ce que j'ai été aujourd'hui. Je me tais donc…

Des livres… et moi !
 

J'ai récemment pris la décision de mettre des gants de soudeur à l'arc pour me rendre à ma boîte aux lettres. Tant de choses y arrivent quasi quotidiennement depuis quelques temps que sa porte et ses parois de métal chauffent suite aux ouvertures et fermetures successives. J'ai peur de me brûler.

Pas plus tard que samedi dernier deux livres m'y attendaient. L'un dont je savais l'arrivée imminente puisque je l'avais commandé à une librairie d'ancien, l'autre fut une semi-surprise. On (son auteur) m'avait annoncé sa parution imminente, mais je ne savais pas quand. Les livres, c'est comme les bébés, leur gestation est lente et leur arrivée peut se faire à terme, ou prématurée, ou postmaturée. On ne sait pas vraiment à l'avance. Surtout quand on se trouve du côté « lecteur » du phénomène.

La suite du hasard
(Vinçard, le retour !)

Je vous ai raconté par le menu, voici deux semaines de cela, l'arrivée dans ma bibliothèque technique de l'édition 1823 de L'Art du typographe de Vinçard (voir →ici). Le succès de cette acquisition inopinée me donna envie de re-farfouiller chez les libraires d'ancien en ligne, en quête de l'édition de 1806 (un petit chef-d'œuvre) de son manuel… Point d'édition de 1806, hélas, mais… mais… (je ménage le suspens) j'ai trouvé son Traité de ponctuation de 1809. D'après l'exemplaire Estienne qui en possède la deuxième édition, ce manuel en eut trois, et d'après Alkan aîné ce traité autour de la ponctuation eut pas mal de succès <autopub>(si vous n'avez toujours pas acheté le tome consacré au 19e siècle de l'Histoire de l'écriture typographique — manque total de discernement ou inintérêt patent — voir →ici pour réparer votre bévue).</autopub> Dans l'exemplaire Estienne (deuxième édition) du Traité est collée la page de titre de la troisième édition, preuve qu'elle a existé.

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titre de la 3e édition.

Exemplaire Estienne, page de titre de la troisième édition collée avant la page de titre dans la deuxième édition. Sans vouloir être méchant avec les relieurs en général (mon épouse demanderait le divorce immédiatement), la personne qui a relié cet exemplaire est un véritable sagouin qui n'a pas hésité à couper le premier mot du titre alors qu'il y avait suffisamment de papier vierge en bas de page pour éviter ce sacrilège.

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titre de la 2e édition.

Pas plus que pour la troisième édition, cette deuxième édition ne porte de date. La date de la première édition est 1809 (on va le voir plus bas). Deux ans après cette date, en 1811 donc, Vinçard va se voir retirer son brevet d'imprimeur pour raison de numerus clausus. Pas plus de 80 imprimeurs sur la place de Paris. Bien qu'il ait bataillé pour garder son brevet, il ne le retrouvera jamais et ne pourra plus exercer. C'est peut-être la raison qui fait que la deuxième et la troisième édition de son traité ne porte pas de date. Peut-être a-t-il bravé l'interdiction et a-t-il imprimé ces rééditions de manière illicite après la date de 1811. Cela explique également le fait que la deuxième édition, en 1823, de son Art du typographe ait été composée et imprimée par son fils qui travaillait chez un imprimeur breveté.

Sur la page de gauche face à cette page de titre on peut noter cette mention intéressante (On conserve la capitalisation abusive) : « Le Sr VINÇARD donne des Leçons de Typographie, et vend des petites imprimeries portatives, à l'usage de MM. les Auteurs ou Amateurs. » Ce qui pourrait confirmer mon hypothèse précédente. Ayant perdu son brevet d'imprimeur et n'ayant plus son imprimerie pour vivre, il lui fallait trouver des revenus de substitution.

Venons-en maintenant à notre achat récent : la première édition du Traité de ponctuation. Autrement dit l'édition originale de cet ouvrage qu'on peut encore appeler, pour se la péter grave, édition princeps. Pas du tout mécontent le petit bonhomme moi-même en constatant que c'était réellement cette première édition que j'avais entre les mains. Je ne connaissais auparavant que l'exemplaire Estienne que j'avais photographié pour le lire.

La reliure est proche de celle de mon exemplaire de l'Art du typographe, veau marbré et encadrement à la roulette ornée. D'ailleurs quand je les ai placé l'un à côté de l'autre, ils ne se sont pas fait la gueule, ils se sont tout de suite adoptés mutuellement.

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Reliure de mon exemplaire.

Le cuir est épidermé par endroits, les coins sont rognés. Ces deux caractéristiques qui peuvent paraître incompatibles avec l'entrée dans une bibliothèque de bibliophile pur et dur et quelque peu maniaque sur les bords (je minore ici mon propos pour ne vexer personne) me rendent mon exemplaire particulièrement attachant. Elles sont la preuve que cet exemplaire a servi, qu'il a été lu, qu'il a été utilisé — qui sait — par une ou plusieurs personnes pour la plus grande joie de leur culture. C'est un exemplaire vrai. Pas un moribond auquel il ne faut surtout pas toucher parce qu'il a une reliure de prix réalisée par un relieur renommé  de ces reliures qu'il convient de mettre dans le noir, au fond d'un coffre-fort, pour que l'ouvrage (dont on se fout un peu du texte) ne perde pas de sa valeur de revente.

Mais je m'emporte. Voici la page de titre :

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Page de titre.

Comme on le voit elle est datée. Vinçard en est bien l'auteur et l'imprimeur. Il se dit « Typographiste ». Un mot qui a encore cours de nos jours mais avec un sens totalement différent. Vinçard se disait « Typographe » quand il exerçait son métier d'imprimeur, et « Typographiste » quand il écrivait au sujet de la typographie (au moment où j'écris ce texte, je suis typographiste, et typographe quand je suis dans mon atelier à me salir le bout des doigts avec cet alliage toxique qui a servi à multiplier tant de chefs-d'œuvre : la matière typographique faite de plomb, d'antimoine et d'étain).

C'est avec cette première édition du Traité de ponctuation que l'on peut comprendre le succès de son Art du typographe. En effet, in fine, il y reproduit des lettres de célébrités de l'époque auprès desquelles il a fait un service massif… et gratuit par définition. Des célébrités qui le remercient et dont il publie les lettres de remerciements. C'est donc grâce à cet envoi en grand nombre auprès des personnes bien placées que son ouvrage connut le succès (6000 exemplaires nous dit Alkan aîné), chance que n'eut pas, quelques années plus tôt, Momoro qui écrivit et imprima son manuel juste avant d'être guillotiné, ce qui ne lui laissa pas vraiment le temps de faire sa promotion.

Vinçard ne fut bien évidemment pas le premier à s'intéresser à la ponctuation française. Il eut de nombreux prédécesseurs. Pour n'en citer qu'un (et pas des moindres), il y eut Estienne Dolet dans son ouvrage La manière de bien traduire d'une langue en aultre. D'advantage. De la punctuation de la langue françoyse, plus des accents d'ycelle qu'il publia à Lyon en 1540. Toutefois le manuel de Vinçard, est relativement court (168 pages), simple et bourré d'exemples. La typographie y est claire, malgré le choix d'un plus petit corps pour les exemples les plus longs et pour la poésie, afin de ne pas prendre le risque de couper un vers en deux.

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Page 10 et 11.

On notera qu'en 1809, on espaçait encore la virgule devant et derrière, ce qui n'a plus cours aujourd'hui dans l'orthotypographie française.

Vincard-Ponctuation-1reEd-50-51.jpg
Page 50 et 51.

Vinçard dut se précipiter pour vendre son traité dans cette prime version de 1809. Il en confia les feuilles d'impression peut-être un peu trop tôt au relieur. L'encre n'était pas encore tout à fait sèche. En témoignent ici les reports d'encre de la page de gauche sur la page de droite et ceux de la page de droite sur la page de gauche. Vinçard étant un bon imprimeur, il est difficile d'imaginer la seule autre raison à ce report : la mauvaise fabrication d'une encre qui sècherait trop difficilement.

En voilà fini avec Vinçard pour cette fois-ci… mais en raison du succès de mes deux recherches précédentes, je vais continuer à chercher lArt du typographe dans son édition de 1806… Passons maintenant à un tout autre sujet, lui aussi issu de ma boîte aux lettres.

Les éditeurs parisiens de l'avant-siècle
1870-1914

Si l'ouvrage de Vinçard était plutôt mince, celui de l'ami Gilles Picq est massif et imposant. Plutôt grand de format (23 cm de haut pour 14 cm de large), il compte pas moins de 621 pages, table des matières comprise. En quoi consiste-t-il ? Tout simplement en le recensement des éditeurs dits de l'avant-siècle, la période que j'appelle, moi, l'entre deux guerres, celle de 1870 où les Français prirent une déculottée, et celle qui commença en 1914 et fut bien massacrante se terminant par une victoire des Français qui provoqua la Seconde Guerre mondiale. Faut ce qu'il faut ! On est bien obligé de temps en temps — nous les bipèdes de toutes nations — de créer de telles périodes pour écrémer les diverses populations mondiales afin de ne pas subir la surpopulation et les crises du logement. Bref, revenons à nos éditeurs parisiens. Au passage, on constate que ceux des banlieues et des provinces peuvent aller se rhabiller, à moins que l'ami Gilles n'ait prévu un second volume pour eux, ce qui serait une bonne idée. Faudra que je pense à lui demander.

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Couverture (et dos pour montrer qu'il est épais) du livre de Gilles Picq.

Donc l'ami Gilles répertorie les éditeurs (même ceux de livres cochons, je dis ça pour allécher le futur lecteur et le forcer à acheter), il présente leurs histoires de la naissance à la mort, si mort il y a, et donne leurs catalogues respectifs (pas toujours complet mais quand un éditeur étudié a produit des milliers de livres, c'est bien normal de ne pas citer tous ses livres, faute de place). C'est un travail de Titan qu'il nous propose là. Un travail qui nécessite des manipulations sans nombre et des consultations de bases de données à rallonge. Sans compter les vérifications et les suppressions d'erreurs. Un travail de fou ; mais Gilles Picq n'est pas fou, il est patient, opiniâtre et courageux. Et généreux puis qu'il nous l'offre pour une somme modique, son opus. J'ai calculé : moins de 0,047 € la page. Ça nous change du carburant et, puisqu'on en parle, c'est un merveilleux carburant pour l'esprit, son livre. On y fait fonctionner à fond ses petites cellules grises, comme disait Poirot, et on y apprend une foultitude de choses.

Bien sûr, vous allez me dire qu'il faut s'intéresser aux éditeurs parisiens de l'avant-siècle (ce qui est mon cas), ou tout du moins avoir le désir de s'y intéresser, de s'avancer dans cette terra incognita et de défricher le terrain de ses circonvolutions cérébrales pour y loger de nouveau habitants, les éditeurs précités.

Le livre ne se présente pas comme un roman qu'il faudrait lire du début jusqu'à la fin. Ce serait idiot. C'est un livre genre Codex, sous espèce Dictionnaire ou assimilé. Un livre à picorer les longues soirées d'hiver quand le besoin impérieux du savoir universel vous prend aux tripes et ne veut plus vous lâcher. Au coin du feu de bois dans un fauteuil moelleux pour les plus chanceux, ou à côté du radiateur de chauffage central sur un tabouret branlant pour ceux qui le sont moins.

Quand j'ai récupéré le livre, j'ai failli tomber en avant tellement il était lourd. Lourd de connaissances accumulées. J'ai feuilleté rapidement et, comme de juste, je suis allé illico à un ou deux sujets sur lesquels j'avais un peu travaillé du temps où j'avais des cheveux et qu'ils étaient noirs. Le Mercure de France, par exemple. Alors je me suis dit que j'allais un peu illustrer son propos, au Gilles. Son éditeur, l'Échappée, n'avait pas les moyens financiers de lui proposer un ouvrage où toutes les illustrations seraient en couleur. Je sais combien ça coûte, moi qui suis un peu de la partie. Alors, avec mes modestes moyens, et ma modeste bibliothèque, je vais tenter d'illustrer un peu et en couleur son entrée Mercure de France. On y va…

Dans leurs débuts, les éditions du Mercure de France se permirent un certain nombre de fantaisies éditoriales qu'elles finirent par abandonner au fil des années pour leur sempiternelle couverture jaune au caducée entourant un format in-18 classique. Voici deux ou trois de ces fantaisies.

Phocas-Couv.jpg
Phocas, la couverture.

Première de couverture de Phocas de Remy de Gourmont. L'ouvrage est une mince plaquette de 32 pages au format carré d'un peu moins de 16 cm. Les dessins de couverture et les vignettes sont de Gourmont lui-même. Le titre de l'ouvrage n'apparaît pas immédiatement, caché qu'il est dans le dessin.

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Phocas, 4e de couverture.

Le dessin de la 4e de couverture. Le papier, assez mince, de couverture est un Ingres MBM bleu foncé qui dépasse, sans rempli, assez fortement de l'intérieur du livre.

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Phocas, page de titre.

La page de titre, datée de 1895, porte une vignette de Gourmont et la plaquette entre dans la collection de l'Ymagier, une revue créée par Gourmont et Jarry qui ne durera que jusqu'à la brouille entre les deux hommes à cause de l'affaire de la Vieille Dame (Berthe de Courrière).

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Le Fantôme, couverture.

Le Fantôme du même Remy de Gourmont paraît deux ans plus tôt, en 1893, dans un format plutôt oblong (approximativement 22 cm de haut sur 13 de large), doté d'une forte couverture grise à l'extérieur et aux reflets mordorés à l'intérieur. Qu'on ne se méprenne pas, la reproduction de cette couverture n'a pas été inversée par le typographe CLS, par jeu, ou pour se faire plaisir. Son titre est réellement inversé.

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Le Fantôme, lithographie de Henry de Groux.

L'ouvrage est illustré de deux lithographies de Henry de Groux placées à la suite l'une de l'autre au début de l'ouvrage. La première des deux est représentée ici, faisant face à la justification de tirage. Cette page de justification de tirage, ornée de la signature autographe de Gourmont paraît quelque peu floue. La raison en est qu'elle est recouverte de la serpente à motifs de fleurettes qui sépare les deux pages, l'une en typographie, l'autre en lithographie. C'est une pratique assez courante dans un livre illustré par la lithographie ou la taille-douce de séparer l'illustration du texte par une serpente de papier très mince (pas toujours à fleurettes) pour éviter que l'une des deux impressions n'étant pas sèche, son encre ne se dépose sur l'autre page comme on l'a vu plus haut avec le Vinçard. Lorsqu'on obtient la certitude que toutes les impressions sont sèches, la ou les serpentes peuvent être ôtées et jetées, mais nombre d'amateurs préfèrent les conserver, au risque que ces dernières ne tachent ou ne fasse roussir le papier de l'édition si elle n'est pas constituée d'un papier au pH neutre.

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Le Trèfle noir, couverture.

La couverture à plat du recueil de petit format (15,5 cm de haut sur 9,5 de large) Le Trèfle noir de Henri de Régnier dont c'est la première édition, sur vergé à la forme, éditée en 1895. Il s'agit d'un recueil de trois nouvelles (Hertulie, Histoire d'Hermagore, Hermocrate) qui valut à l'île consacrée à Régnier dans l'ouvrage de Jarry les Gestes et Opinions du docteur Faustroll, pataphysicien d'être baptisée île de Her. On constate aisément que ni le nom de l'auteur ni le titre du recueil, ni le nom de l'éditeur ne figurent sur cette couverture. Seulement un gros trèfle imprimé en noir sur la 1re et un petit sur la 4e.

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Ubu Roi, couverture.

La couverture de la seconde édition d'Ubu Roi d'Alfred Jarry, en 1897. À l'exception de cette couverture imprimée en typographie, le reste de l'ouvrage est imprimé en autographie lithographique reproduisant l'écriture de Jarry et celle de Claude Terrasse pour les partitions musicales. L'ouvrage est au format traditionnel in-18 des livres du Mercure de France mais Jarry a obtenu licence, auprès de son ami et directeur du Mercure de France Alfred Vallette, de remplacer le traditionnel caducée par le portrait du Père Ubu, qu'il avait gravé sur bois. Il est à noter que la première édition d'Ubu Roi, en 1896, est entièrement en typographie, qu'elle est au même petit format que le Trèfle noir et qu'elle porte, elle aussi, le portrait gravé du Père Ubu en couverture.

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Ubu Roi, page de titre.

La page de titre de la seconde édition, autographie de la main de Jarry. Il est à noter qu'oncques n'a-t-on entendu parler, ni lu, ni vu une quelconque Forêt vierge littéraire d'Alfred Jarry et d'André-Ferdinand Herold en dehors de la page 4 de cette seconde édition.

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Le Conte de l'Or et du Silence, couverture.

La couverture du Conte de l'Or et du Silence de Gustave Kahn, première édition de 1898. Elle représente la norme absolue des ouvrages du Mercure de France. Papier jaune, format in-18, grand caducée jaune foncé et petit pétase ailé noir. Le dessin du caducée changera un peu au fil des années mais l'esthétique générale restera la même. Quelques rares titres abandonneront le papier jaune pour une autre couleur comme le recueil de poèmes de Francis Jammes La Vierge et les Sonnets qui se verra couvrir de bleu foncé en 1919. Mais ces changements de couleur ne sont que des exceptions particulièrement exceptionnelles, dignes d'une Pataphysique à la Alfred Jarry.

Le choix de ce titre de Gustave Kahn n'est pas dû totalement au hasard de la main qui fouille dans la bibliothèque. Il est là pour annoncer la sortie, voici quelques temps déjà de la réédition de ce roman par l'ami de très longue date Richard Shryock, le plus grand spécialiste mondial et même intersidéral de Gustave Kahn. Cette réédition, préfacée à quatre mains de maîtres par l'ami Richard et Samuel Kunkel est parue en 2025 aux éditions du Lérot qui ne rêve plus beaucoup et des Amis d'Alfred Jarry réunis. Notons que le Conte de l'Or et du Silence fait partie des 27 livres pairs du docteur Faustroll. Ce qui explique la présence de Jarry et de ses amis.

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Le Conte de l'Or et du Silence, couverture de la réédition.

Comme on peut le constater cette coruscante couverture est sang et or. Une allusion au Sud-Ouest de la France ? on peut en douter, Gustave Kahn était né à Metz. Alors, une symbolique des couleurs. L'or s'explique par l'Or du titre. Mais le rouge, symbolise-t-il le Silence ? Peut-être… si l'on se souvient qu'en héraldique le rouge se dit gueules et que l'expression « Ta gueule ! » demande le silence à un interlocuteur trop bavard, ce que j'ai été aujourd'hui. Je me tais donc…

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Publié le 02/11/2026 @ 21:20  - aucun commentaire - aucun commentaire - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
Presse Stanhope [3]  -  par cls

Ma première impression sur la Stanhope
 

Bon… maintenant que mon dos me laisse un peu tranquille et que quelques cachets font effet sur mon torticolis (ils sont pénibles tous ces vieillards préséniles : ils sont toujours à se plaindre, même quand ils vont bien), je me dis in petto : « Hardi petit ! il est temps que tu fasses joujou avec ton nouveau jouet, ta Stanhope chérie à laquelle tu n'a pas touché depuis que tu l'as débarbouillée à fond ! ».

Farfouillage à gauche, à droite, en haut, en bas (mon atelier a deux étages) et je réunis le matériel dont j'ai besoin. Rien que du matériel bois. Des caractères qui viennent de Paris, du temps où j'y avais encore un atelier, et des caractères récemment achetés à l'imprimeur de Sézanne qui (grande tristesse) a définitivement fermé les portes de son imprimerie.

Enfin voilà, je regroupe, je regroupe… j'entasse et j'installe tout ça sur le marbre de la Stanhope. Maintenant, va falloir composer l'affiche, la mettre en page. Je vous distille ça en images, histoire que vous vous rendiez compte que, même avec des gros caractères légers et faciles à manipuler, la typo réalisée à la main, c'est plus long qu'on ne pourrait le croire.

Comme vous avez pu le voir, les caractères sont de dessins très divers et de tailles assez différentes. J'ai choisi de faire une composition centrée, très classique dans un tel cas de figure, et je m'y suis pris en deux fois. J'ai commencé par déterminer le milieu de la première ligne, et j'ai aligné les milieux de toutes les autres lignes avec celui-ci. J'ai complété de blancs l'autre côté de toutes les lignes, j'ai encadré de garnitures, j'ai posé les serrages et j'ai serré la forme ainsi constituée dans le châssis.

La forme terminée et serrée, j'ai placé — un peu à la va-comme-je-te-pousse — une feuille vierge sur la composition (ça allait : elle était plus grande) et je l'ai attachée à l'adhésif bas-de-gamme, comme un sauvage, sur le tympan. Ce n'est pas une pratique très orthodoxe, mais pour un premier essai…

Après, c'est du grand classique : encrage au rouleau à main (un de format moyen à un seul manche) et tirage. On continue à voir ça en photos…

ImpressionStanhope00.jpg
On voit le scotchage sauvage.

On passe à l'encrage, maintenant.

Vous avez vu rapidement — et vous avez le droit de revoir si c'est passé trop vite — l'encrage des caractères au rouleau encreur de taille moyenne. J'ai, bien sûr utilisé la belle table à encrer que j'avais fabriquée voici quelques semaines. Mais je n'ai pas eu le courage d'utiliser le rouleau à deux manches, un peu trop lourd pour moi en ce moment. Faudra que je prennes des vitamines, puisqu'on ne trouve plus dans le commerce le vin tonique Mariani à la coca du Pérou (quel dommage), qui fortifiait nos grands-parents au début du vingtième siècle.

Après l'encrage, avec une logique absolue, l'impression d'essai sur la feuille sacrificielle pour voir deux choses : si je l'avais fixée au tympan de façon à peu près correcte et et si l'impression elle-même était satisfaisante.

ImpressionStanhope01.jpg
J'ai rabattu le tympan sur la composition et je le passe sous la platine.

ImpressionStanhope02.jpg
J'empoigne le barreau pour faire descendre la platine.

ImpressionStanhope03.jpg
Le coup de presse étant donné, je ressors la compo de dessous la platine. Que va-t-il se passer ?…

ImpressionStanhope04.jpg
Une impression assez pâle (pas assez de pression sur les lignes centrales), et une jolie coquille par inversion de deux lettres « AL » au lieu de « LA ». Bravo, le typo !

ImpressionStanhope05.jpg
Allez, on double la photo, histoire de bien culpabiliser au sujet de la coquille. Va falloir aussi tenter la correction du manque de pression.

ImpressionStanhope06.jpg
On a corrigé l'inversion, on a fabriqué vite fait trois taquets à l'aide de bouts de filets et de bouts d'interlignes de deux points, on a collé sur la feuille martyre une petite carte pour donner plus de pression sur les lignes centrales et, après avoir encré à nouveau (on encre à chaque feuille, n'est-ce pas), on positionne une nouvelle feuille à imprimer.

ImpressionStanhope07.jpg
Le positionnement de la feuille. La fabrication des taquets à la va vite ne facilite pas la tâche.

ImpressionStanhope08.jpg
Ça y est presque. Pourvu qu'elle ne se casse pas la figure pendant que j'abaisse le tympan.

ImpressionStanhope09.jpg
Je maintiens l'angle libre, à l'opposé de l'angle de marge…

ImpressionStanhope10.jpg
Les deux mains sur le barreau…

ImpressionStanhope11.jpg
… et j'y vais de tout mon cœur…

ImpressionStanhope12.jpg
On ressort de la platine une seconde fois… Mieux ? Pire ?

ImpressionStanhope13.jpg
Les caractères étaient bien beurrés d'encre, les taquets pas terribles, résultat : la feuille a collé à la composition.

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On décolle.

ImpressionStanhope15.jpg
Mouais, c'est mieux…

ImpressionStanhope16.jpg
Pas parfait mais lisible…

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Bon, maintenant, c'est l'heure de l'apéro…

P.-S. : Ce billet aurait dû être posté sur fornax.fr, hier 26 octobre 2026, quand je l'ai terminé. Mais mon site est en rade. Sais pas pourquoi. J'ai contacté mon hébergeur, j'ai eu au téléphone un charmant monsieur du service technique. Ils sont en train de chercher ce qui ne va pas. Pour l'instant, ils n'ont pas encore trouvé. Donc, à plus tard, s'ils trouvent… (P.-S. écrit le 27 octobre 2026, donc).

Ma première impression sur la Stanhope
 

Bon… maintenant que mon dos me laisse un peu tranquille et que quelques cachets font effet sur mon torticolis (ils sont pénibles tous ces vieillards préséniles : ils sont toujours à se plaindre, même quand ils vont bien), je me dis in petto : « Hardi petit ! il est temps que tu fasses joujou avec ton nouveau jouet, ta Stanhope chérie à laquelle tu n'a pas touché depuis que tu l'as débarbouillée à fond ! ».

Farfouillage à gauche, à droite, en haut, en bas (mon atelier a deux étages) et je réunis le matériel dont j'ai besoin. Rien que du matériel bois. Des caractères qui viennent de Paris, du temps où j'y avais encore un atelier, et des caractères récemment achetés à l'imprimeur de Sézanne qui (grande tristesse) a définitivement fermé les portes de son imprimerie.

Enfin voilà, je regroupe, je regroupe… j'entasse et j'installe tout ça sur le marbre de la Stanhope. Maintenant, va falloir composer l'affiche, la mettre en page. Je vous distille ça en images, histoire que vous vous rendiez compte que, même avec des gros caractères légers et faciles à manipuler, la typo réalisée à la main, c'est plus long qu'on ne pourrait le croire.

Comme vous avez pu le voir, les caractères sont de dessins très divers et de tailles assez différentes. J'ai choisi de faire une composition centrée, très classique dans un tel cas de figure, et je m'y suis pris en deux fois. J'ai commencé par déterminer le milieu de la première ligne, et j'ai aligné les milieux de toutes les autres lignes avec celui-ci. J'ai complété de blancs l'autre côté de toutes les lignes, j'ai encadré de garnitures, j'ai posé les serrages et j'ai serré la forme ainsi constituée dans le châssis.

La forme terminée et serrée, j'ai placé — un peu à la va-comme-je-te-pousse — une feuille vierge sur la composition (ça allait : elle était plus grande) et je l'ai attachée à l'adhésif bas-de-gamme, comme un sauvage, sur le tympan. Ce n'est pas une pratique très orthodoxe, mais pour un premier essai…

Après, c'est du grand classique : encrage au rouleau à main (un de format moyen à un seul manche) et tirage. On continue à voir ça en photos…

ImpressionStanhope00.jpg
On voit le scotchage sauvage.

On passe à l'encrage, maintenant.

Vous avez vu rapidement — et vous avez le droit de revoir si c'est passé trop vite — l'encrage des caractères au rouleau encreur de taille moyenne. J'ai, bien sûr utilisé la belle table à encrer que j'avais fabriquée voici quelques semaines. Mais je n'ai pas eu le courage d'utiliser le rouleau à deux manches, un peu trop lourd pour moi en ce moment. Faudra que je prennes des vitamines, puisqu'on ne trouve plus dans le commerce le vin tonique Mariani à la coca du Pérou (quel dommage), qui fortifiait nos grands-parents au début du vingtième siècle.

Après l'encrage, avec une logique absolue, l'impression d'essai sur la feuille sacrificielle pour voir deux choses : si je l'avais fixée au tympan de façon à peu près correcte et et si l'impression elle-même était satisfaisante.

ImpressionStanhope01.jpg
J'ai rabattu le tympan sur la composition et je le passe sous la platine.

ImpressionStanhope02.jpg
J'empoigne le barreau pour faire descendre la platine.

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Le coup de presse étant donné, je ressors la compo de dessous la platine. Que va-t-il se passer ?…

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Une impression assez pâle (pas assez de pression sur les lignes centrales), et une jolie coquille par inversion de deux lettres « AL » au lieu de « LA ». Bravo, le typo !

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Allez, on double la photo, histoire de bien culpabiliser au sujet de la coquille. Va falloir aussi tenter la correction du manque de pression.

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On a corrigé l'inversion, on a fabriqué vite fait trois taquets à l'aide de bouts de filets et de bouts d'interlignes de deux points, on a collé sur la feuille martyre une petite carte pour donner plus de pression sur les lignes centrales et, après avoir encré à nouveau (on encre à chaque feuille, n'est-ce pas), on positionne une nouvelle feuille à imprimer.

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Le positionnement de la feuille. La fabrication des taquets à la va vite ne facilite pas la tâche.

ImpressionStanhope08.jpg
Ça y est presque. Pourvu qu'elle ne se casse pas la figure pendant que j'abaisse le tympan.

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Je maintiens l'angle libre, à l'opposé de l'angle de marge…

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Les deux mains sur le barreau…

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… et j'y vais de tout mon cœur…

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On ressort de la platine une seconde fois… Mieux ? Pire ?

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Les caractères étaient bien beurrés d'encre, les taquets pas terribles, résultat : la feuille a collé à la composition.

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On décolle.

ImpressionStanhope15.jpg
Mouais, c'est mieux…

ImpressionStanhope16.jpg
Pas parfait mais lisible…

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Bon, maintenant, c'est l'heure de l'apéro…

P.-S. : Ce billet aurait dû être posté sur fornax.fr, hier 26 octobre 2026, quand je l'ai terminé. Mais mon site est en rade. Sais pas pourquoi. J'ai contacté mon hébergeur, j'ai eu au téléphone un charmant monsieur du service technique. Ils sont en train de chercher ce qui ne va pas. Pour l'instant, ils n'ont pas encore trouvé. Donc, à plus tard, s'ils trouvent… (P.-S. écrit le 27 octobre 2026, donc).

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Publié le 29/10/2026 @ 15:59  - 2 commentaires - 2 commentaires - Voir? Ajouter le vôtre ?   Prévisualiser...   Imprimer...   Haut
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Tirage à 120 exemplaires.
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