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Fourneau et Fornax

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Typographie
est un éditeur artisan établi en Champagne (dans le petit village de Bannes)
qui a aussi eu pendant 26 ans un atelier en Île de France (dans le petit village de Paris),
mais ne l'a plus.
L'atelier de Bannes.
— Ça y est ! t’as encore dépensé de l’argent inutilement…
— Euh, de quoi je me mêle, espèce de foutriquet !…
— … de ce qui ne me regarde pas, j’adore ça, j’avoue ! Donc t’as acheté un nouveau bouquin…
— … pour ma bibliothèque technique, oui, et alors… en quoi est-ce gênant ?… Et j’aimerais bien être vouvoyé à l’avenir, une simple question de respect de votre part.
— Bah, je crois savoir que le bouquin que Vous venez d’acheter, Vous l’aviez déjà… en photographie ; des photos que Vous aviez vous-même prises…
— Monsieur le foutriquet est bien informé, à ce que je vois ; mais monsieur le foutriquet ne me semble pas faire la différence entre la réalité et une image de la réalité. Comme le dit le camarade Korzybski (et il n’est pas le seul) : « la carte n’est pas le territoire », l’image du livre, donc, n’est pas le livre, elle n’a pas son poids, son toucher, son odeur… et il est beaucoup plus agréable de feuilleter un vrai livre que de faire défiler des images sur un écran qui — en plus de cela — risque de vous fatiguer les yeux ou, pour tout le moins, de vous les fatiguer beaucoup plus que la lecture d’un bon livre à la lumière d’une bonne chandelle…
— D’une bonne chandelle…
— Oui, ou, si l’on est moderniste à fond, à celle d’une source électrique point trop violente et, cela va sans dire, alors qu’on est confortablement installé dans un fauteuil moelleux.
— Vous m’en direz tant !…
— Moquez-vous, moquez-vous, espèce de béotien… toujours fourré devant un écran quelconque.
— J’imagine que Monsieur doit aussi être adepte des notations sur tablettes d’argile fraîche à l’aide d’un roseau taillé en coin…
— Tiens, vous n’êtes peut-être pas aussi béotien que je ne le pensais puisque vous semblez connaître l’existence des inscriptions cunéiformes…
— Ouais, même si ça ne vaut pas un chouette manga téléchargé sur un site japonais illégal !
— Je vous laisse responsable de vos dires… mais je n’en pense pas moins. Permettez que je vous quitte là… j’ai autre chose à faire, feuilleter mon nouveau livre, par exemple…
Le hasard, cette entité suspecte qui le plus souvent vous joue des tours pendables, a été à l’origine de l’arrivée, ce matin même, d’un livre que je n’aurais jamais espéré pouvoir ranger sur l’étagère réservée aux manuels typographiques de ma bibliothèque technique. Tout a commencé par un échange de courriels (réalisé à l’aide de mon ordurateur à pédales, aux engrenages de laiton entièrement limés à la main, et connecté via une chaîne de vélocipède à ma presse typographique manuelle). Échange de courriels, avec un correspondant dont je ne révélerais pas le nom pour préserver sa tranquillité, au sujet des signes de correction de copie. On a parlé du manuel de Castillon (1783), du manuel de Brun (1825), et j’ai cité L’Art du typographe de Vinçard (1806), un manuel que j’aime bien et dont la page consacrée aux signes de correction de copie n’a pas été réalisée en typo plomb pure et dure comme celle de Brun mais en taille-douce parce que — même s’il est plus couteux, plus compliqué et moins logique dans un ouvrage consacré à la typographie d’utiliser cette autre technique d’impression — c’est beaucoup plus facile à réaliser et plus proche des inscriptions manuelles des correcteurs.
Cet échange de courriels terminé m’a donné l’idée de me renseigner sur les sites de vente en ligne au sujet des anciens manuels de typographie. J’en ai un bon nombre mais il m’en manque et je regarde, de temps en temps (rarement), sur ces sites que je ne vais pas citer, si par hasard un manuel ou l’autre serait disponible à la vente… Sans grande conviction, je dois l’avouer, car ce sont ceux parmi les plus rares, les plus difficiles à trouver qui sont absents de mes rayonnages (n’en profitez pas de cette confidence pour venir me cambrioler, ma maison est sous surveillance électronique, vous risquerez de vous faire pincer).
Un Vinçard était en vente ! Ni une, ni deux : je me ruine ! Bon, certes, ce n’était pas l’édition de 1806, mais la deuxième de 1823. Moins bonne. Moins complète. Revue et corrigée, et complétée mais moins complète toutefois que celle de 1806. Point d’essais d’encres de couleurs, point d’exemples de papiers forts et colorés dans la masse pour réaliser des couvertures. Vous savez cela, bien entendu, tous et toutes, car vous avez lu le merveilleux ouvrage que nous avons écrit Jacques André et moi sur l’Histoire de l’écriture typographique au 19e siècle. Non ? Alors qu’attendez-vous ?
« D’après l’aveu même de son fils, la 1re édition vaut mieux que la seconde.
La 1re édition, épuisée à 6000.
La 2de, tirée à 1500, dont 1200 seulement ont été vendus.
Composé par Vinçard fils dans une imprimerie très mal fournie en caractères (Hardy, rue Saint-Médéric)
Vinçard fils est un des associés de Lacrampe (cf. →ici).
Son père vivait encore en août 1839. »
Cette seconde édition n’a-t-elle donc rien pour elle ? Si, elle a le mérite d’exister, et moi, j’ai eu le mérite de l’acheter. Et cet exemplaire a des particularités assez amusantes. Sa reliure quelque peu quelconque et un peu maladroite n’a rien d’extraordinaire si ce n’est (et encore !) qu’un encadrement à la roulette.

La reliure à plat.
Toutefois, sa pièce de titre a une particularité bien amusante, surtout pour un manuel de typographie. On peut y lire : « ART / DU / TIPOGRA ». Ce n’est bien sûr pas le « PHE » manquant qui prête à sourire mais le « I » de « TIPO », sans doute que le doreur était italien… et a involontairement respecté l’orthographe de sa langue maternelle.

La pièce de titre.
Plus ennuyeuse pour le nouveau propriétaire de l’exemplaire que je suis est l’absence du feuillet 27-28, arraché par un bipède peu respectueux. Mais ce manque que je peux arranger en copiant ma prise de vue de l’exemplaire Estienne, est compensé — curieux paradoxe — par le redoublement d’un cahier. Il a en effet en double les feuillets 49-50, 51-52, 53-54 et 55-56. Ce qui est très utile quand on n’a pas bien compris ces feuillets la première fois, on peut les relire sans effort. Si l’ouvrage n’avait pas été destiné à se reposer sur une étagère de ma bibliothèque technique, il aurait pu trouver place sur une étagère de ma petite bibliothèque de tératologie livresque.
Oublions maintenant ces particularités « particulières » pour nous pencher sur le contenu de l’ouvrage et sur ses différences avec la première édition. Tout d’abord, puisque de fut le point de départ de l’échange de courriel qui conduisit à mon achat, je vais montrer la page qui présente les signes de correction de copie, imprimée en taille-douce.

La planche des signes de correction de copie.
L’une des particularités de Vinçard et de son manuel dès sa première édition de 1806 est de proposer un nouveau plan de casse qu’il a appelé hamapolygrammatique dont il avait déposé le brevet dès 1804.

Le plan de casse du brevet de 1804.
Revenant un peu sur la complexité de son invention, il la simplifia lors de la parution de son manuel en 1806, et n’y retravailla pas lors de la réédition de 1823.

Le plan de casse de l'édition de 1823.
Le fait que ce manuel ait eu deux éditions dans un siècle (le 19e) où l’évolution technologique était quasi quotidienne, autorise à constater l’évolution des pratiques. Pour encrer les formes d’impression, en 1806, les balles étaient encore majoritairement utilisées, bien que le rouleau encreur ait vu sa naissance dans les dernières années du siècle précédent. Le manuel de 1806 présente donc les balles un peu de la même manière que les présentait l’Encyclopédie.

Planche de l'édition de 1806. Les deux doigts qui maintiennent l’ouvrage ouvert pour la prise de vue sont ceux de votre serviteur.
Même planche ou presque dans l’édition de 1823… mais le rouleau encreur y fait son apparition parce que son usage s’était répandu.

La planche des balles de l'édition de 1823, avec les légendes sur la page de droite.

La planche des balles de l'édition de 1823, seule.
Voilà. J’ai l’impression d’avoir été — exceptionnellement — un peu bavard cette fois-ci. J’essaierai d’être plus concis la prochaine fois. Enfin… j’espère…
— Ça y est ! t’as encore dépensé de l’argent inutilement…
— Euh, de quoi je me mêle, espèce de foutriquet !…
— … de ce qui ne me regarde pas, j’adore ça, j’avoue ! Donc t’as acheté un nouveau bouquin…
— … pour ma bibliothèque technique, oui, et alors… en quoi est-ce gênant ?… Et j’aimerais bien être vouvoyé à l’avenir, une simple question de respect de votre part.
— Bah, je crois savoir que le bouquin que Vous venez d’acheter, Vous l’aviez déjà… en photographie ; des photos que Vous aviez vous-même prises…
— Monsieur le foutriquet est bien informé, à ce que je vois ; mais monsieur le foutriquet ne me semble pas faire la différence entre la réalité et une image de la réalité. Comme le dit le camarade Korzybski (et il n’est pas le seul) : « la carte n’est pas le territoire », l’image du livre, donc, n’est pas le livre, elle n’a pas son poids, son toucher, son odeur… et il est beaucoup plus agréable de feuilleter un vrai livre que de faire défiler des images sur un écran qui — en plus de cela — risque de vous fatiguer les yeux ou, pour tout le moins, de vous les fatiguer beaucoup plus que la lecture d’un bon livre à la lumière d’une bonne chandelle…
— D’une bonne chandelle…
— Oui, ou, si l’on est moderniste à fond, à celle d’une source électrique point trop violente et, cela va sans dire, alors qu’on est confortablement installé dans un fauteuil moelleux.
— Vous m’en direz tant !…
— Moquez-vous, moquez-vous, espèce de béotien… toujours fourré devant un écran quelconque.
— J’imagine que Monsieur doit aussi être adepte des notations sur tablettes d’argile fraîche à l’aide d’un roseau taillé en coin…
— Tiens, vous n’êtes peut-être pas aussi béotien que je ne le pensais puisque vous semblez connaître l’existence des inscriptions cunéiformes…
— Ouais, même si ça ne vaut pas un chouette manga téléchargé sur un site japonais illégal !
— Je vous laisse responsable de vos dires… mais je n’en pense pas moins. Permettez que je vous quitte là… j’ai autre chose à faire, feuilleter mon nouveau livre, par exemple…
Le hasard, cette entité suspecte qui le plus souvent vous joue des tours pendables, a été à l’origine de l’arrivée, ce matin même, d’un livre que je n’aurais jamais espéré pouvoir ranger sur l’étagère réservée aux manuels typographiques de ma bibliothèque technique. Tout a commencé par un échange de courriels (réalisé à l’aide de mon ordurateur à pédales, aux engrenages de laiton entièrement limés à la main, et connecté via une chaîne de vélocipède à ma presse typographique manuelle). Échange de courriels, avec un correspondant dont je ne révélerais pas le nom pour préserver sa tranquillité, au sujet des signes de correction de copie. On a parlé du manuel de Castillon (1783), du manuel de Brun (1825), et j’ai cité L’Art du typographe de Vinçard (1806), un manuel que j’aime bien et dont la page consacrée aux signes de correction de copie n’a pas été réalisée en typo plomb pure et dure comme celle de Brun mais en taille-douce parce que — même s’il est plus couteux, plus compliqué et moins logique dans un ouvrage consacré à la typographie d’utiliser cette autre technique d’impression — c’est beaucoup plus facile à réaliser et plus proche des inscriptions manuelles des correcteurs.
Cet échange de courriels terminé m’a donné l’idée de me renseigner sur les sites de vente en ligne au sujet des anciens manuels de typographie. J’en ai un bon nombre mais il m’en manque et je regarde, de temps en temps (rarement), sur ces sites que je ne vais pas citer, si par hasard un manuel ou l’autre serait disponible à la vente… Sans grande conviction, je dois l’avouer, car ce sont ceux parmi les plus rares, les plus difficiles à trouver qui sont absents de mes rayonnages (n’en profitez pas de cette confidence pour venir me cambrioler, ma maison est sous surveillance électronique, vous risquerez de vous faire pincer).
Un Vinçard était en vente ! Ni une, ni deux : je me ruine ! Bon, certes, ce n’était pas l’édition de 1806, mais la deuxième de 1823. Moins bonne. Moins complète. Revue et corrigée, et complétée mais moins complète toutefois que celle de 1806. Point d’essais d’encres de couleurs, point d’exemples de papiers forts et colorés dans la masse pour réaliser des couvertures. Vous savez cela, bien entendu, tous et toutes, car vous avez lu le merveilleux ouvrage que nous avons écrit Jacques André et moi sur l’Histoire de l’écriture typographique au 19e siècle. Non ? Alors qu’attendez-vous ?
« D’après l’aveu même de son fils, la 1re édition vaut mieux que la seconde.
La 1re édition, épuisée à 6000.
La 2de, tirée à 1500, dont 1200 seulement ont été vendus.
Composé par Vinçard fils dans une imprimerie très mal fournie en caractères (Hardy, rue Saint-Médéric)
Vinçard fils est un des associés de Lacrampe (cf. →ici).
Son père vivait encore en août 1839. »
Cette seconde édition n’a-t-elle donc rien pour elle ? Si, elle a le mérite d’exister, et moi, j’ai eu le mérite de l’acheter. Et cet exemplaire a des particularités assez amusantes. Sa reliure quelque peu quelconque et un peu maladroite n’a rien d’extraordinaire si ce n’est (et encore !) qu’un encadrement à la roulette.

La reliure à plat.
Toutefois, sa pièce de titre a une particularité bien amusante, surtout pour un manuel de typographie. On peut y lire : « ART / DU / TIPOGRA ». Ce n’est bien sûr pas le « PHE » manquant qui prête à sourire mais le « I » de « TIPO », sans doute que le doreur était italien… et a involontairement respecté l’orthographe de sa langue maternelle.

La pièce de titre.
Plus ennuyeuse pour le nouveau propriétaire de l’exemplaire que je suis est l’absence du feuillet 27-28, arraché par un bipède peu respectueux. Mais ce manque que je peux arranger en copiant ma prise de vue de l’exemplaire Estienne, est compensé — curieux paradoxe — par le redoublement d’un cahier. Il a en effet en double les feuillets 49-50, 51-52, 53-54 et 55-56. Ce qui est très utile quand on n’a pas bien compris ces feuillets la première fois, on peut les relire sans effort. Si l’ouvrage n’avait pas été destiné à se reposer sur une étagère de ma bibliothèque technique, il aurait pu trouver place sur une étagère de ma petite bibliothèque de tératologie livresque.
Oublions maintenant ces particularités « particulières » pour nous pencher sur le contenu de l’ouvrage et sur ses différences avec la première édition. Tout d’abord, puisque de fut le point de départ de l’échange de courriel qui conduisit à mon achat, je vais montrer la page qui présente les signes de correction de copie, imprimée en taille-douce.

La planche des signes de correction de copie.
L’une des particularités de Vinçard et de son manuel dès sa première édition de 1806 est de proposer un nouveau plan de casse qu’il a appelé hamapolygrammatique dont il avait déposé le brevet dès 1804.

Le plan de casse du brevet de 1804.
Revenant un peu sur la complexité de son invention, il la simplifia lors de la parution de son manuel en 1806, et n’y retravailla pas lors de la réédition de 1823.

Le plan de casse de l'édition de 1823.
Le fait que ce manuel ait eu deux éditions dans un siècle (le 19e) où l’évolution technologique était quasi quotidienne, autorise à constater l’évolution des pratiques. Pour encrer les formes d’impression, en 1806, les balles étaient encore majoritairement utilisées, bien que le rouleau encreur ait vu sa naissance dans les dernières années du siècle précédent. Le manuel de 1806 présente donc les balles un peu de la même manière que les présentait l’Encyclopédie.

Planche de l'édition de 1806. Les deux doigts qui maintiennent l’ouvrage ouvert pour la prise de vue sont ceux de votre serviteur.
Même planche ou presque dans l’édition de 1823… mais le rouleau encreur y fait son apparition parce que son usage s’était répandu.

La planche des balles de l'édition de 1823, avec les légendes sur la page de droite.

La planche des balles de l'édition de 1823, seule.
Voilà. J’ai l’impression d’avoir été — exceptionnellement — un peu bavard cette fois-ci. J’essaierai d’être plus concis la prochaine fois. Enfin… j’espère…
Les ceusses qui me connaissent vaguement, peut-être même ceusses qui croient me connaître mieux, voire bien, sans parler des bipèdes vulgaires qui ne me connaissent pas du tout, sont appelés à penser (quand ils pensent, ce qui n’est pas le cas pour tous) que je suis avant tout un imprimeur, et que comme imprimeur, je suis un passéiste mal embouché de typographe au plomb, et rien d’autre ou si peu. Si tu penses cela de moi, lecteur potentiel si tant est que tu existes ou lectrice de mes rêves, ce que tu te goures, ce que tu te gourres (les deux orthographes sont possibles, même si Queneau n’a retenu que la première). Certes, il y a du vrai dans ces assertions mensongères mais pas que.
J’ai appris la typographie, puisque tout s’apprend, même le métier de criminel international ou de chef d’État, (ce qui revient au même). Je l’ai apprise pour faire des livres, uniquement pour faire des livres et en maîtriser tous les aspects, de l’écriture personnelle ou du choix du texte d’un autre, jusqu’à la réalisation finale, en passant par la maquette, l’illustration éventuelle, l’impression et le pliage des feuilles d’impression. Mais avant d’apprendre cette satanée typographie au plomb, j’avais appris la sérigraphie avec des copains qui, comme moi, avait fait 68 et c’est en sérigraphie que j’ai réalisé mon premier bouquin. Nous étions en 1973, j’étais en première année à Estienne mais j’avais depuis quelques temps déjà mon propre atelier de sérigraphie, fabriqué de mes blanches mains, sauf les raclettes et l’encre que j’achetais chez Tripette et Renaud. À Estienne, dans les années 1970, il ne fallait pas parler de sérigraphie. Tabou, la sérigraphie. Typo, offset, hélio rotative était notre trilogie de déesses à qui nous devions rendre grâce à tout moment du jour et de la nuit. Ça a changé depuis. La sérigraphie y est admise et la religion d’Estienne est devenue monothéiste, on y prie maintenant cette vache d’IO — ou plutôt 1 0 — déesse du numérique.
Donc, 1973, fin des cours, l’été commence, et avec lui une fringale de réaliser un vrai livre. J’en parle à un copain (que je ne vois plus guère de nos jours) et nous décidons d’en concevoir le contenu à deux. Douze textes que l’on peut désigner comme poèmes (ou non…), six textes de l’un et six textes de l’autre. Chacun illustrant trois de ses propres textes et trois de l’autre. Maquette et réalisation pratique de ma part, en sérigraphie, pendant que l’autre était parti en vacances. Enthousiasme et bonheur ineffable de me lancer dans cette aventure. C’était ma première vraie maquette et je l’ai imaginée pour que le bouquin soit infeuilletable. Quand l’a en mains et qu’on veut le feuilleter, on n’aperçoit que du papier vierge. Pas peu fier de moi, alors. J’ai ensuite calligraphié les textes au pinceau sur les transparents qui servaient à insoler les écrans et transformé également nos dessins en typons. Juillet et une bonne partie du mois d’août passèrent à réaliser le livre, jusqu’à l’assemblage final. Soixante exemplaires au format A4, dont cinq hors commerce.
C’est en réalisant ce livre que je me suis rendu compte des merveilleuses possibilités de la sérigraphie manuelle, seule technique à la portée du vulgaire comme nous sommes tous, où du blanc (ou une couleur claire) peut recouvrir du noir (ou toute autre couleur) sans se salir, en restant vraiment blanc ou en gardant sa teinte d’origine. Une technique quasi mystique qui permet l’immaculée conception, même pour les ânes et les gros bœufs. Un vrai miracle pour les sains d’esprit !
Vous dire maintenant que je suis fier encore de ce livre, ce serait exagérer. Je continue à en apprécier la réalisation pratique… quant au contenu… Le titre de l’ouvrage est un cadavre exquis que nous avons réalisés, le pote et moi, le premier et le meilleur d’une petite série. Le dessin de la couverture est dû à Nicolas Stavropoulos qui était le responsable de l’atelier d’art plastique de Villejuif où nous suivions des cours de dessin (nature morte, nu, poses habillées) et de gravure sur lino ou sur bois que nous imprimions (!) sur une presse litho.
Il ne faut pas avoir honte de ses premiers travaux. Celui-ci est le témoin initial d’une évolution qui fut la mienne. C’est le cas de tout un chacun qui se mêle de création, sauf s’il (ou elle) est irrémédiablement nul. Alors, voici la chose. Je ne me juge pas, je montre.

Cliquer pour feuilleter et lire
Comme ont pu le constater ceux qui ont eu la curiosité de feuilleter le pdf que j’ai réalisé à partir d’un exemplaire de ma collection personnelle, ce livre comporte beaucoup de pages blanches. Cela s’explique par la structure de la maquette. Chaque texte est illustré d’une image, et texte et image sont imprimés recto seul sur un feuillet séparé. Ils sont face à face, insérés dans une chemise de 4 pages dont la première porte le titre du texte. Les six premiers textes sont de Michel Tabanou qui en a illustré les trois premiers et moi les trois derniers, les six textes suivants sont de moi, Tabanou en a illustré les trois premiers et moi les trois derniers.
Vous avez le droit d’aimer ou de ne pas aimer. Profitez-en en long, en large et en travers, dans quelques temps la liberté d’opinion pourrait ne plus être totalement ce qu’elle est aujourd’hui…
Les ceusses qui me connaissent vaguement, peut-être même ceusses qui croient me connaître mieux, voire bien, sans parler des bipèdes vulgaires qui ne me connaissent pas du tout, sont appelés à penser (quand ils pensent, ce qui n’est pas le cas pour tous) que je suis avant tout un imprimeur, et que comme imprimeur, je suis un passéiste mal embouché de typographe au plomb, et rien d’autre ou si peu. Si tu penses cela de moi, lecteur potentiel si tant est que tu existes ou lectrice de mes rêves, ce que tu te goures, ce que tu te gourres (les deux orthographes sont possibles, même si Queneau n’a retenu que la première). Certes, il y a du vrai dans ces assertions mensongères mais pas que.
J’ai appris la typographie, puisque tout s’apprend, même le métier de criminel international ou de chef d’État, (ce qui revient au même). Je l’ai apprise pour faire des livres, uniquement pour faire des livres et en maîtriser tous les aspects, de l’écriture personnelle ou du choix du texte d’un autre, jusqu’à la réalisation finale, en passant par la maquette, l’illustration éventuelle, l’impression et le pliage des feuilles d’impression. Mais avant d’apprendre cette satanée typographie au plomb, j’avais appris la sérigraphie avec des copains qui, comme moi, avait fait 68 et c’est en sérigraphie que j’ai réalisé mon premier bouquin. Nous étions en 1973, j’étais en première année à Estienne mais j’avais depuis quelques temps déjà mon propre atelier de sérigraphie, fabriqué de mes blanches mains, sauf les raclettes et l’encre que j’achetais chez Tripette et Renaud. À Estienne, dans les années 1970, il ne fallait pas parler de sérigraphie. Tabou, la sérigraphie. Typo, offset, hélio rotative était notre trilogie de déesses à qui nous devions rendre grâce à tout moment du jour et de la nuit. Ça a changé depuis. La sérigraphie y est admise et la religion d’Estienne est devenue monothéiste, on y prie maintenant cette vache d’IO — ou plutôt 1 0 — déesse du numérique.
Donc, 1973, fin des cours, l’été commence, et avec lui une fringale de réaliser un vrai livre. J’en parle à un copain (que je ne vois plus guère de nos jours) et nous décidons d’en concevoir le contenu à deux. Douze textes que l’on peut désigner comme poèmes (ou non…), six textes de l’un et six textes de l’autre. Chacun illustrant trois de ses propres textes et trois de l’autre. Maquette et réalisation pratique de ma part, en sérigraphie, pendant que l’autre était parti en vacances. Enthousiasme et bonheur ineffable de me lancer dans cette aventure. C’était ma première vraie maquette et je l’ai imaginée pour que le bouquin soit infeuilletable. Quand l’a en mains et qu’on veut le feuilleter, on n’aperçoit que du papier vierge. Pas peu fier de moi, alors. J’ai ensuite calligraphié les textes au pinceau sur les transparents qui servaient à insoler les écrans et transformé également nos dessins en typons. Juillet et une bonne partie du mois d’août passèrent à réaliser le livre, jusqu’à l’assemblage final. Soixante exemplaires au format A4, dont cinq hors commerce.
C’est en réalisant ce livre que je me suis rendu compte des merveilleuses possibilités de la sérigraphie manuelle, seule technique à la portée du vulgaire comme nous sommes tous, où du blanc (ou une couleur claire) peut recouvrir du noir (ou toute autre couleur) sans se salir, en restant vraiment blanc ou en gardant sa teinte d’origine. Une technique quasi mystique qui permet l’immaculée conception, même pour les ânes et les gros bœufs. Un vrai miracle pour les sains d’esprit !
Vous dire maintenant que je suis fier encore de ce livre, ce serait exagérer. Je continue à en apprécier la réalisation pratique… quant au contenu… Le titre de l’ouvrage est un cadavre exquis que nous avons réalisés, le pote et moi, le premier et le meilleur d’une petite série. Le dessin de la couverture est dû à Nicolas Stavropoulos qui était le responsable de l’atelier d’art plastique de Villejuif où nous suivions des cours de dessin (nature morte, nu, poses habillées) et de gravure sur lino ou sur bois que nous imprimions (!) sur une presse litho.
Il ne faut pas avoir honte de ses premiers travaux. Celui-ci est le témoin initial d’une évolution qui fut la mienne. C’est le cas de tout un chacun qui se mêle de création, sauf s’il (ou elle) est irrémédiablement nul. Alors, voici la chose. Je ne me juge pas, je montre.

Cliquer pour feuilleter et lire
Comme ont pu le constater ceux qui ont eu la curiosité de feuilleter le pdf que j’ai réalisé à partir d’un exemplaire de ma collection personnelle, ce livre comporte beaucoup de pages blanches. Cela s’explique par la structure de la maquette. Chaque texte est illustré d’une image, et texte et image sont imprimés recto seul sur un feuillet séparé. Ils sont face à face, insérés dans une chemise de 4 pages dont la première porte le titre du texte. Les six premiers textes sont de Michel Tabanou qui en a illustré les trois premiers et moi les trois derniers, les six textes suivants sont de moi, Tabanou en a illustré les trois premiers et moi les trois derniers.
Vous avez le droit d’aimer ou de ne pas aimer. Profitez-en en long, en large et en travers, dans quelques temps la liberté d’opinion pourrait ne plus être totalement ce qu’elle est aujourd’hui…
L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.
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