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L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
(vidéos)

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Des barbares...
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.

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Un oublié de Thomas Narcejac - par cls
petite histoire de mise en lumière polarisée
(méthodologie de recherches)
Il arrive parfois, lorsqu’on fréquente les brocantes parce qu’on aime cela, qu’on revienne dépité chez soi, n’ayant rien trouvé, du moins n’ayant rien vu qui suscite l’intérêt, ou l’émoi, de la trouvaille. Alors, pour éviter ce sentiment de légère frustration (très légère, n’exagérons rien), il arrive qu’on s’arrête à un petit quelque chose qui paraît insignifiant, bon marché, presque inutile mais suffisamment discret pour ne pas être encombré, une fois de retour chez soi, de cet achat par dépit.
Voici peu ce fut le cas. Retour at home une mince brochure en main. un minuscule polar payé 50 centimes. Polar certes, mais signé tout de même Thomas Narcejac. Lecture rapide et amusante. L’auteur a un incontestable — et incontesté — talent. Au lieu, lecture faite, de ranger la brochure sur un rayonnage de la bibliothèque à polars, fantastiques et SF divers, la déformation professionnelle en moi s’est manifestée…
Pas de nom d’éditeur sur la brochure, pas de date… Pas de perte de place inutile non plus. Une brochure agrafée (une agrafe) de 20 pages au format 10,5 x 13,5 cm, à la couverture de même mauvais papier que le reste de l’ouvrage, avec le texte qui commence au verso de la couverture et qui se termine à la 20e page, des marges presque insignifiantes, un registre plus qu’approximatif… on n’a visiblement pas affaire là à un ouvrage de grande bibliophilie. Mais il intrigue. Qui est l’éditeur ? Quand a-t-il été publié ? Y a-t-il eu d’autres ouvrages dans la même collection ? Qu’allait faire Thomas Narcejac dans cette galère ?
Quand on a comme moi le démon de la curiosité, et qu’on n’est pas le pire des chercheurs qui soit, on cherche… Mais avant de narrer le déroulement de la recherche, dans ma grande bonté qui n’a d’égale que mon indomptable courage [tambours qui roulent, trompettes qui sonnent], je vous offre in extenso l’objet de la recherche afin que vous puissiez juger sur pièce. Vous allez ainsi économiser les 50 centimes de mon achat et les heures harassantes de fouilles dans des lieux incertains parmi des étals hétéroclites d’objets poussiéreux… et vous allez, par là même, économiser aussi l’eau et le savon nécessaires pour vous laver les mains.

Cliquer pour feuilleter et lire
Comme vous pouvez le constater, si vous avez eu le soin de cliquer sur la couverture pour lire ce passionnant ouvrage, aucune indication éditoriale, aucune indication de provenance, aucune indication de date. Seule la grébiche (la petite ligne en bas de la dernière page, sous le filet) nous permet d’apprendre que la brochure a été imprimée par les Ateliers d’Impression Sainte-Anne, à Paris. Mince avancée. C’est alors que je me suis souvenu qu’Internet n’était pas toujours qu’un immense outil pour perdre du temps et faire gagner de l’argent à bien plus riche que moi. J’ai lancé une recherche comme un naufragé sa bouteille à la mer (Question : quelle solution reste à un naufragé s’il n’a aucune bouteille à mettre à la mer ou s’il s’est échoué sur le septième continent constitué de toutes les bouteilles en matière plastique jetées à la mer par les orduriers et les inconsistants inconscients ?)
Ma bouteille a touché les côtes du bon pays, un pays où l’on connaissait l’existence de ma trouvaille bien avant que je ne l’acquière. Et ce fut mon point de départ. Ouf, j’étais sauvé ! Mes sauveurs étaient là et se nommaient : →Herbulot & Zigomar. Herbulot questionne Narcejac qui ne se souvient de rien et Zigomar montre la couverture de son exemplaire de la brochure, accompagnée d’une feuille volante que mon exemplaire ne possède pas. Ce qui change tout.

Comme le texte est un peu petit sur l’image reproduite, j’ai pitié pour vos yeux. Ma grandeur d’âme va jusqu’à vous en saisir le texte :
À nos Lecteurs,
En publiant notre collection « LES ROMANS DE POCHE FRANÇAIS », nous désirons
mettre à la portée de tous des ouvrages de QUALITÉ.
Leurs auteurs appartiennent à la meilleure classe de nos écrivains.
Nous vous RESPECTONS trop pour vous offrir des œuvres médiocres sous prétexte qu’elles sont « BON MARCHÉ ».
Dites-nous si vous appréciez notre effort.
Merci.
Éditions O. D. C.
10, rue de Rome, PARIS (8e)
La feuille volante nous apprend deux choses capitales : le nom de l’éditeur et son adresse. Ne me reste plus, malin comme je suis, qu’à interroger les bons interlocuteurs (le catalogue de la BNF, le CCFr, Gallica) au sujet des éditions O. D. C., et le tour sera joué. Passage à l’acte et… et rien du tout ! O. D. C. connais pas ! Déception grave qui provoque un état mi-colérique mi-évanouissementiel. Preque déprime. Va falloir arranger tout ça fissa fissa ! Histoire de me calmer les nerfs, je vais faire un tour et au retour du tour, à tout hasard, je fais une recherche autour du 10, rue de Rome (unique objet de mon ressentiment !) Mon sang ne fait qu’un tour quand, après lecture d’un nombre certain de pages galliquesques sans intérêt, qui ne me menaient à rien, je tombe sur ça :

Page de l’Annuaire de l’Association amicale
des anciens éleves de l’École Centrale, pour 1947
Donc, un ancien centralien, Daniel Plouvier, était, en 1947, imprimeur de son état et aussi éditeur sous le nom (un peu curieux, il faut le dire) de Les Ordres de Chevalerie. Les initiales de Les Ordres de Chevalerie ne seraient-elles pas O. D. C. par hasard ? Si fait, mon bon Monsieur ! Si fait. J’avais trouvé. Ne restait plus qu’à dérouler la bobine contenue dans ma bouteille à la mer (?!) maintenant que j’avais saisi l’extrémité du fil. Facile.
Quelques traces bien visibles des éditions Les Ordres de Chevalerie traînent dans quelques publications périodiques des années 1945 à 1947. Essentiellement des insertions publicitaires de l’éditeur. Peu de comptes rendus des livres publiés. Voici quelques exemples des insertions passées :

L’Ordre, 24 février 1945.

Le Concours médical, 10 août 1945.

Concorde, hebdomadaire républicain, politique et littéraire, 30 novembre 1945.

Point de vue, 14 février 1946.
Au sujet de la revue Point de vue, la page où a été insérée l’annonce précédente mérite qu’on s’y arrête, bien qu’elle n’ait rien à voir avec notre présente affaire. La voici :

Point de vue, 14 février 1946, page entière.
On voit donc, sur cette page, la photographie d’une jolie jeune femme point trop habillée. « Oui — va-t-on me dire — c’est parce que tu es un vieux libidineux que tu t’intéresses à ça ! » Non, pas tout à fait. C’est à cause du commentaire de la photo. Je vous en laisse juge (et arrêtez donc de me tutoyer, on n’a pas gardé les Yorkshire Middle White ensemble) :
[...] Aussi célèbre mais autrement plus sympathique a été l’invention de la pin-up girl, et ce terme qui désigne la photo d’une jolie fille est maintenant aussi courant que « chewing gum ».
Les photographes américains qui ont créé la pin-up girl ont ainsi répandu dans le monde entier l’image des plus jolies filles de leur pays. Mais les plus belles du monde sont en France et c’est une jeune fille française que présente point de vue.
Inutile de commenter ce commentaire, je suppose… Revenons-en à nos Ordres de Chevalerie. Il semble bien que cette modeste maison d’édition n’ait pas survécu à l’année 1950, comme en témoigne son catalogue complet, du moins celui glané à la Bibliothèque nationale de France. Le CCFr n’a rien apporté de plus.
1. Tony de Vibraye, Avec mon groupe de reconnaissance, août 1939-août 1940. Préface du général Robillot. 1943.
2. Albert Marchon, Comme un rêve au printemps. 1945.
3. Wilkie Collins, Contes étranges, première série qui comprend : Prescience de Nathaniel Hawthorne ; La Catastrophe de Mr Higginbotham de Charles Dickens ; Histoire de l’oncle du commis-voyageur de R. H. Barham ; Le Spectre de Tappington de Nathaniel Hawthorne ; Le Jeune Maître Brown de Walter Scott ; Le Récit de Willie le vagabond par Walter Scott. Traductions de Jules Castier, Dandon Bokanowski, Marie Canavaggia et Jeanne Fournier-Pargoire. 1945.
4. Georges Pillet et Georges Craonelle, Inventaire économique de la France. 1945-1950.
5. Emmanuel Bourcier, La Mort a passé dans la maison, roman. 1945.
6. George Delamare, Voici les libres propos de George Delamare, radiodiffusion française, chaîne parisienne. 1945-1946.
7. Raymond Baranton, Les Amants de Cahors, roman improvisé. 1946.
8. Jean Dugrenot, Fresnes, aquarelles de Jean Dugrenot. 1946.
9. George Tisset, Guide pratique du chasseur. 1946.
10. Camille Foll, Relais de misère. Présentation de M. le commandant Raverdy. Illustrations de Jean Dugrenot. 1946.
11. [Jean Dumont], Le Rhin, Nil de l’occident. Contribution à l’étude d’une organisation de l’Europe de l’Ouest. Textes de l’amiral Pierre Barjot, MM. Karl Burckhardt, Jean-Marie Carré, Jean Chardonnet, Anton Van Duinkerden, Eugen Ewin, André François-Poncet, etc. 1946.
12. Ernest Feydeau, Fanny. Précédé de Histoire et fortune de Fanny par Jacques Crépet. Lithographies originales de Grau-Sala. 1947.
13. René Desmazes (général), Saint-Cyr, son histoire, ses gloires, ses leçons. Préface de Jérôme et Jean Tharaud. Illustrations d’Albert Brenet. 1948.
14. Perles et joyaux de la Bible. Textes et lectures bibliques pour chaque jour de l’année. Avant-propos de G. Bertrand-Vigne. 1950.
__________
Mais alors… mais alors ! Qu’en est-il de La treizième enquête de Pétrus Clam ? On ne peut que supposer que notre cher édieur-imprimeur Daniel Plouvier n’a pas cru bon de faire son dépôt légal (sous peine d’embastillement à vie et de confiscation de tous les biens) pour une bricole aussi insignifiante. Nous apprenons, en conséquence, que cette nouvelle collection de brochures policières à bon marché n’a pas eu le succès escompté et qu’elle s’est arrêtée à son numéro 1.
Quelques renseignements complémentaires au sujet de Daniel Plouvier. La justification de tirage de Fresnes, le recueil d’illustrations de Jean Dugrenot, nous apprend qu’il était imprimeur phototypiste, ce qui n’était plus trop courant à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Pour les non-spécialistes qui auraient le bon goût de fréquenter ce blog, signalons que la phototypie est un procédé d’impression qui permet de multiplier (en nombre limité) des images en demi-teintes ou en couleur sans avoir besoin de passer par l’intermédiaire d’une trame. Cette technique a connu son heure de gloire entre la fin du 19e siècle et le début du 20e , essentiellement dans l’édition de cartes postales.

Justification de tirage de Fresnes, exemplaire de la BNF.
Un autre titre des éditions Les Ordres de Chevalerie, Comme un rêve au printemps d’Albert Marchon nous présente, sur deux pages, les « publications du même éditeur », avec les publications effectuées, certes, mais aussi avec les projets en cours.

Du même éditeur, in Comme un rêve au printemps.

Du même éditeur, in Comme un rêve au printemps.
Après 1950, les éditions Les Ordres de Chevalerie disparaissent. Mais à la même adresse du 10, rue de Rome à Paris naissent, dans le même temps, une autre maison d’édition : Jean Chitry & Cie , éditeur. Sans doute que, pour une raison que j’ignore, Daniel Plouvier a passé la main à un successeur.

Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 15 juin 1950.
Revenons un instant, pour conclure, sur Thomas Narcejac sans son Pierre Boileau de complice. Les deux détectives privés de la nouvelle épistolaire La treizième enquête de Pétrus Clam, Jacques (dit Pétrus) et Louis, sont les héros d’une autre aventure, en 1948, dans le roman La Nuit des angoisses publié par la S.E.P.E. dans sa collection Le Labyrinthe. C’est même dans ce roman qu’ils fondent leur agence. On peut donc supposer que la nouvelle est postérieure au roman et qu’elle date de 1948 ou de 1949. N’ayant pas lu la totalité de l’œuvre de Narcejac tout seul, je ne sais pas si les deux détectives privés ont vécu d’autres enquêtes. Disons que pour moi — à l’heure où j’écris ces lignes —, si je compte bien, il y a encore onze enquêtes à découvrir. Un assez gros boulot en perspective, donc… si elles ont existé.

La nuit des angoisses, 1948.
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