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L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
(vidéos)

Auteurs

Chronologique

Des barbares...
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.

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Fourneau et Fornax

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pour passer le temps…
On prévoit des choses, on prévoit… et Bam ! Bing ! Boum ! y’a un truc qui vous en empêche. Les choses et les trucs, avec moi, n’ont jamais fait bon ménage. J’avais prévu de vous faire un joli billet technique pour vous faire la nique avec la tech (ancienne)… mais la tech (nouvelle) n’a pas vu tout ça d’un bon œil, ni d’une bonne oreille [la tech (moderne) ne s’intéresse qu’à l’œil et à l’oreille, le reste elle s’en fout… pour l’instant]. La tech (moderne), s’est dit, dans son crâne de tech plein de 1 et de 0 : « Tiens, je suis sûre qu’il va encore nous déblatérer des phrases et des phrases sur une machine qui date d’avant la création de l’univers, ou d’une technique à la mords-moi les ronds de chapeaux pour les transformer en donuts (c’est la mode d’ingurgiter de l’innommable sous prétexte qu’il y a du vide au milieu)… moi, j’en ai marre ! Je vais z’y faire une bonne blague, à c’t’olibrius. » Et elle a fait exprès de planter mon ordurateur pour pas que je passe mon billet. Plantage toute la matinée sous prétexte de mise à jour… qui ne s’est pas faite parce qu’elle n’avait pas la place pour bouger les coudes, ni pour manier le marteau-piqueur, ni pour tourner le cruciforme à manche nickelé dont elle se sert comme un pied pour visser dans le sens de la vie, rien que pour voir l’effet que ça fait sur moi. Elle sait maintenant : ça m’énerve.
Donc, moi, plus le temps de faire mon beau billet tout neuf, tiré à ma boîte à billets neufs dans mon crâne, à l’aide de ma carte à puce pour boîte à billets neufs insérée par l’oreille avec le code idoine ; un billet plein de belles informations vérifiées, aux sources incontestables, aux photos imparables et incomparables faites spécialement pour, aux belles phrases qui s’enchaînent à la perfection et qui égrainent leur savoir comme dans une boîte à musique bien huilée, en bois précieux qui, dès qu’on en soulève le couvercle, vous fredonne le standard cinématographico-musical Hello, le soleil brille, brille, brille ! Enfin, vous voyez le topo !…
Je vais faire dans le simple, dans le rapide, dans le concret, dans le visuel, puisqu’y a que ça qui marche, avec le sonore. Foin du tactile, basta de l’olfactif, quant au gustatif, on vous donne exceptionnellement le droit d’entr’ouvrir la bouche pour suçaraquer votre souris ou votre pad, vous verrez, c’est pas terrible. Tiens, ça me donne une idée. Une idée à refourguer à nos gentils fabriquants d’ordurateurs : les faire fabriquer dans des matériaux comestibles bourrés de merveilleux parfums synthétisés à partir de nos déchets. On boufferait nos ordurateurs avec joie ; alors ils en vendraient encore plus, et on pourrait les enterrer dans un linceul encore plus plein de beaux billets de banque pour que ça soit plus confortable, des billets qui n’ont rien à voir avec les miens, qui valent beaucoup moins, cela dit en passant. Je vais faire dans le simple, ai-je dit, je vais parler des couleurs. C’est bête comme chou, les couleurs, sauf pour les aveugles, bien sûr, qui doivent faire preuve d’imagination. Mais c’est bien l’imagination…
Je vais vous parler des couleurs, mais pas de n’importe quelles couleurs. Pas les couleurs des drapeaux. Moi, les couleurs des drapeaus, c’est pas mon truc. Je m’en fous un peu des drapaults et de leurs couleurs. Je m’en fous surtout des drapaux. Même que ça sert à rien les drapeaults. Simplement à bouger dans le vent quand il y a du vent, mais du vent, y’en a pas toujours, alors ils pendant lamentablement parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre quand il n’y a pas de vent, celui de l’histoire ou un autre, peu importe. Si seulement on s’en servait, des drapôs, pour sécher les larmes des enfants, ou les moucher quand on leur apprend que leur papa ou leur maman sont morts pour la patrie ou toute autre raison plus ou moins stupide de cet ordre ou de ce désordre, si seulement on s’en servait pour ça, rien que pour ça… ils commenceraient à être un peu utiles, les drapaus. Mais même pas…
Donc, je ne vais pas vous parler des couleurs des drapots. Je vais vous parler des couleurs de la Nature. Passe que l’être le plus intelligent et le plus important sur cette planète, c’est bien la Nature. C’est incontestable, j’espère que c’est incontesté. Bien sûr, c’est pas la Nature qui a inventé les couleurs. C’est le cerveau de l’œil, tout le monde sait ça. Le cerveau de l’œil, il fabrique les couleurs à partir de ce qu’il voit. Il voit des longueurs d’onde, et pof ! il fabrique des couleurs. Il voit une longueur d’onde de 520 nm et pof ! il fabrique du vert. Comme ça, instantanément. Il est très fort, le cerveau de l’œil. La Nature, elle est très forte aussi, parce qu’elle sait fabriquer plein de choses avec pas beaucoup de matière première. Surtout en les combinant. Elle combine, elle combine tout le temps. Parfois elle réussit, parfois ça rate, comme avec nous, les bipèdes. Mais elle se décourage pas, la Nature. Elle continue à combiner. Elle s’en lasse pas…
Arrivé ici, j’en ai un peu marre de causer. Je pourrais continuer, mais j’en ai un peu marre. Vraiment. Alors, je vais vous passer des images. Vous aimez les images, j’en suis sûr. Tout le monde aime les images. Et comme vous faites partie du groupe Tout le monde, vous aimez forcément les images. En voilà, les longueurs d’onde autour de 520 nm y sont omniprésentes :

Bien sûr, il y a la terre, mais il y a aussi l’eau, alors on s’en débarrasse, pour commencer. Le bleu-gris de l’eau de mer à écume blanche sous le blanc et bleu layette du ciel.

Les rayures vert tendre et marron du champ de Marcel devant le vert émeraude des arbres.

Le brun roux des feuilles d’automne derrière le vert persistant d’un réfractaire en fleur.

Le rouge des pommes caché dans le vert des feuilles.

Le mauve pâle, presque blanc des fleurs de lin perchées sur leurs longues tiges vertes et droites.

Le mauve des fleurs de lin tranche sur le vert herbeux des tiges.

Le rouge intense des coquelicots coincé entre le vert de l’herbe et le bleu et blanc du ciel.

Le rouge du coquelicot trouve sa complémentaire dans le vert de sa tige, merveilleux arrangement.

Le blanc pur des fleurs de pavot somnifère qui nous tournent le dos pour mieux dormir.

Le rouge carmin des feuilles du prunus éclairées par le soleil.

Le noir des arbres aux fruits corvidés sous un ciel gris d’automne finissant.

Le vert et jaune des champs sous le bleu et blanc du ciel.

Le givre blanchissant du paysage dans une brume opacifiante.

Le rouge du fruit ovale percé des aiguilles blanches et pointues du givre.

Le double arc en ciel dans le gris de l’orage convainc le champ vert fluo de se transformer en flèche.

Le pinceau lumineux de la base de l’arc en ciel repeint le paysage du violet au rouge pour oublier le gris du ciel.

Le rose et blanc des fleurs de pommier vient égayer le vert et brun des branches.

Le vert du blé en herbe et le jaune du colza en fleur permettent à l’arbre éloigné de marquer sa place sous le ciel blanc de nuages.

Les trois chevaux blancs broutent des boutons d’or devant une frondaison émeraude.

Les pavots en fleurs tapissent de blanc jusqu’à l’horizon.

Les branches nues et noires se sont habillées de glace transparente pour combattre le froid.

Les bourgeons à peine éclos se sont revêtus d’une armure de glace qui cache mal le marron de leur naissance.

Les fleurs blanches au cœur jaune des pommes de terre sèment de pois clairs le vert de la robe du champ.

Le vert tendre du blé qui n’a pas commencé à mûrir, ponctué de trois gouttelettes de sang coqueliquesques.

Le jaune grisâtre du blé qui ne demande qu’à être moissonné.

Le jaune d’or du tournesol au cœur brun qui se tourne vers nous pour fêter le soleil.

Les timides jeunes tournesols n’osent pas montrer le jaune leurs pétales au passant qui les observe et veulent se fondre dans le vert du feuillage.

Le rouge des prunes du prunier aux feuilles rouges, un joli camaïeu.

Les prunes jaunes du prunier à feuilles vertes, rondes comme des billes et chauffées par le soleil.

Le jaune du colza s’est assombri de gris sous le ciel orageux.

Une symphonie de verts : le vert-jaune de la vigne, le vert cru de l’herbe, le vert émeraude du blé en herbe, le vert diffus des champs à l’horizon ponctués du jaune du colza sous le bleu-gris du ciel.

Et c’est le vert, encore le vert, toujours le vert qui cherche presque à colorer de vert le gris du ciel.

La journée se termine. Le champ tente de garder sa chaleur sous sa couverture d’ombre, le ciel bleu blanchit, rosit, jaunit, se teinte d’orange pour oublier que dans quelques instants il noircira pour faire la part belle à la lune, toute petite, là-haut, que l’on distingue à peine.

Le noir est arrivé. La lune, pleine, ronde, blanche, éclaire d’une lueur fantômatique l’arbre nu au squelette inquiétant.
Voilà. Comme quoi, même si ça compte pour beaucoup, y’a pas que la typo dans la vie…
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