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Welcome to Fornax

Fornax éditeur

est un éditeur artisan établi en Champagne (dans le petit village de Bannes)
qui a aussi eu pendant 26 ans un atelier en Île de France (dans le petit village de Paris),
mais ne l'a plus.

 
L'atelier de Bannes
L'atelier de Bannes

L'atelier de Bannes.

 

 Fornax n'édite que de la littérature – illustrée ou non d'estampes – suivant les goûts et humeurs de Christian Laucou qui préside à ses destinées. Ceux-ci le portent (sans exclusive) vers la littérature contemporaine et celle qu'il appelle « de l'entre deux guerres » (comprendre entre 1870 et 1914).

 Christian Laucou, typographe traditionnel au plomb et imprimeur, conçoit tous les livres de Fornax et en imprime la quasi totalité. Il est aussi imprimeur à façon en typographie et pédagogue. On trouvera toutes les informations au sujet de ces deux activités sur son site professionnel : cls-typo.

 Plumitif discret, il lui arrive aussi de commettre de la littérature ; il prend alors le nom de Christian Soulignac ou signe CLS afin de séparer l'activité littéraire de l'activité éditoriale. Il tient plus ou moins régulièrement un blog orienté typographie, principalement la « typo des rues ». On en trouve les derniers billets ci-dessous.

2026 : Open house at Gutenberg & Compagnie

Portes ouvertes à Bannes
de Gutenberg & Compagnie

2026-04-Gutcie-PortesOuvertes.jpg

Comme tous les ans à la même époque, Gutenberg & Compagnie ouvre ses portes aux curieux adultes et aux curieux enfants qui veulent savoir comment on fabrique des livres de façon traditionnelle ou comment on les relie. Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas ou qui l'auraient oublié, Gutenberg & Compagnie est constitué de deux ateliers, l'atelier Fornax de Christian Laucou qui conçoit, édite et imprime des livres dans des techniques traditionnelles ou artistiques (typographie au plomb, taille-douce, sérigraphie) et l'atelier de reliure de Catherine Chauvel, meilleur ouvrier de France.

Catherine Chauvel explique les différentes étapes de la reliure, montre les différentes sortes de reliures ainsi que ses réalisations personnelles, des plus modestes aux plus prestigieuses. Christian Laucou présente les différentes techniques d'impression dont il dispose dans son atelier, explique son travail de concepteur de livres... et vend ses créations éditées sous le nom de Fornax éditeur... à qui est intéressé.

En raison des escaliers qui conduisent aux ateliers, les visites ne sont pas possibles aux personnes à mobilité réduite sans aide pour les porter ni accompagnement. Nous le regrettons.

The 2 last notes
Florentin Mouret and books  -  by cls

Pour FM et ses amis,
une collection ; bibliographie

Je n’ai pas connu Florentin Mouret. Je n’ai donc jamais eu le privilège de faire partie de ses amis. Pourtant, ma bibliothèque laisse à penser que j’en fus.

Le bipède, Français très moyen comme moi, ou de toute autre nature, qui a l’heur de fréquenter cette page, se demande illico à la lecture de ces quelques mots d’introduction : « Mais qui est ou qui était donc Florentin Mouret ? » Interrogation justifiée…

Il naquit à Avignon en 1894. Il fut secrétaire puis président du Syndicat des entrepreneurs du Vaucluse, adjoint au maire à Avignon, président du Tribunal de commerce d’Avignon, trésorier de la Fédération nationale des travaux publics. Dans sa jeunesse, il conduisait mal : il provoqua un accident en 1926 avec le pauvre vétérinaire de Saint-Germain-du-Bois Henri Blanchot dont il détruisit la voiture alors que la sienne n’avait rien ou presque. Il fut condamné, en novembre 1932, par le tribunal correctionnel de Nîmes, à 50 F d’amende pour blessures involontaires. En janvier 1939, il a été fait, comme il se doit, chevalier de la Légion d’honneur pour service rendu au Bâtiment. Il assista, en avril 1943, à une réunion d’une autre légion, la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchévisme) à la Bourse du travail du Vaucluse sous l’égide du maréchal Pétain dont la photo trônait dans la salle. En 1951, il fit un don de 1000 F (approximativement 666 € de maintenant !) à l’Association internationale des amis de Pierre Loti dont il était membre. En 1968, il a offert un terrain, des bâtiments — et son nom — pour qu'on construise un CFA (Centre de formation d’apprentis) du Bâtiment à Avignon. On ne sait quand il est mort. Merci à Gallica pour ces précieux renseignements.

Autant dire que, si nous avions été de purs contemporains, nos chemins ne se seraient sans aucun doute jamais croisés, en raison d’un manque total d’affinité entre nous. Quoique… Il fut aussi quelque peu bibliophile et, avec l’argent gagné à la sueur du front de ses employés du bâtiment, il finança une petite collection de livres à tirage limité d’auteurs assez réputés du 20e siècle. Une collection intitulée : Pour FM et ses amis. J’ai acquis un exemplaire de cette collection voici un certain nombre d’années, en raison de la belle réalisation typographiques de ses volumes et du nom de la plupart de ses auteurs.

Florentin Mouret fut le bibliographe de Claude Aveline, et aussi son éditeur pour une collection de plaquettes tirée à une centaine d’exemplaires hors commerce à lui seul consacrée qui comprit 14 volumes, collection complétée d’une plaquette en duplicateur à stencil. Claude Aveline inaugure la collection Pour FM et ses amis, constituée elle aussi de 14 volumes dont la publication s’étale sur 12 ans, de 1950 à 1961. Chaque volume, au format 17 x 13 cm est mis sous presse chez l’imprimeur avignonnais Rullière, à 150 exemplaires sur vélin d’Annonay. Si les textes des différents volumes sont typographiés de manière classique dans une Garalde qui varie de corps et de dessin d’un volume à l’autre, chacune des couvertures est calligraphiée de la main de l’auteur qu’elle renferme.

FM&SesAmis-01.jpg

1. Claude Aveline, Extrait du Livre de Vie, 54 p., 31 décembre 1949.

FM&SesAmis-02.jpg

2. Jean Cassou, La folie d’Amadis et autres poèmes, 62 p., 1er novembre 1950.

FM&SesAmis-03.jpg

3. Francis Carco, Rêverie dans Amsterdam, 46 p., 21 mars 1951.

FM&SesAmis-04.jpg

4. Léon-Paul Fargue, Textes, présentés par Marcel Abraham, 64 p., 23 septembre 1951.

FM&SesAmis-05.jpg

5. Louis-Martin Chauffier, L’écrivain et la liberté, 64 p., 1er novembre 1951.

FM&SesAmis-06.jpg

6. Georges Duhamel, Dialogue dans la ville délivrée, 42 p., 29 février 1952.

FM&SesAmis-07.jpg

7. Louis Guilloux, Le muet mélodieux, 64 p., 31 décembre 1952.

FM&SesAmis-08.jpg

8. Anatole France, Ma Suzon chérie, avec des souvenirs de Lucien Psichari, 72 p., 20 mars 1953.

FM&SesAmis-09.jpg

9. Pierre Albert-Birot, Dix poèmes à la mer, 48 p., 21 mars 1954.

FM&SesAmis-10.jpg

10. Charles Vildrac, Jérôme le voyageur, 36 p., 10 mai 1956.

FM&SesAmis-11.jpg

11. Pierre Boulle, Un étrange événement, 50 p., 9 juin 1957.

FM&SesAmis-12.jpg

12. Paul Gilson, Les voix en peine, 42 p., 15 août 1957.

FM&SesAmis-13.jpg

13. José Bergamin, Aphorismes traduits de l’espagnol par Claude Aveline et l’auteur,
avec une présentation de celui-ci par celui-là, 44 p., 23 septembre 1959.

FM&SesAmis-14.jpg

14. Jean Lescure, Noires compagnes de mes murs,
avec huit dessins de Chastel, Coulot, Fiorini, Gischia, Lapicque, Prassinos, Ubac, Villeri,
62 p., 21 juin 1961.

On notera le clin d'œil de chaque achevé d'imprimer, daté soit d'une fête catholique majeure, soit d'un équinoxe, soit d'un solstice, soit du dernier jour de l'année, sans oublier un 29 février...

Pour FM et ses amis,
une collection ; bibliographie

Je n’ai pas connu Florentin Mouret. Je n’ai donc jamais eu le privilège de faire partie de ses amis. Pourtant, ma bibliothèque laisse à penser que j’en fus.

Le bipède, Français très moyen comme moi, ou de toute autre nature, qui a l’heur de fréquenter cette page, se demande illico à la lecture de ces quelques mots d’introduction : « Mais qui est ou qui était donc Florentin Mouret ? » Interrogation justifiée…

Il naquit à Avignon en 1894. Il fut secrétaire puis président du Syndicat des entrepreneurs du Vaucluse, adjoint au maire à Avignon, président du Tribunal de commerce d’Avignon, trésorier de la Fédération nationale des travaux publics. Dans sa jeunesse, il conduisait mal : il provoqua un accident en 1926 avec le pauvre vétérinaire de Saint-Germain-du-Bois Henri Blanchot dont il détruisit la voiture alors que la sienne n’avait rien ou presque. Il fut condamné, en novembre 1932, par le tribunal correctionnel de Nîmes, à 50 F d’amende pour blessures involontaires. En janvier 1939, il a été fait, comme il se doit, chevalier de la Légion d’honneur pour service rendu au Bâtiment. Il assista, en avril 1943, à une réunion d’une autre légion, la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchévisme) à la Bourse du travail du Vaucluse sous l’égide du maréchal Pétain dont la photo trônait dans la salle. En 1951, il fit un don de 1000 F (approximativement 666 € de maintenant !) à l’Association internationale des amis de Pierre Loti dont il était membre. En 1968, il a offert un terrain, des bâtiments — et son nom — pour qu'on construise un CFA (Centre de formation d’apprentis) du Bâtiment à Avignon. On ne sait quand il est mort. Merci à Gallica pour ces précieux renseignements.

Autant dire que, si nous avions été de purs contemporains, nos chemins ne se seraient sans aucun doute jamais croisés, en raison d’un manque total d’affinité entre nous. Quoique… Il fut aussi quelque peu bibliophile et, avec l’argent gagné à la sueur du front de ses employés du bâtiment, il finança une petite collection de livres à tirage limité d’auteurs assez réputés du 20e siècle. Une collection intitulée : Pour FM et ses amis. J’ai acquis un exemplaire de cette collection voici un certain nombre d’années, en raison de la belle réalisation typographiques de ses volumes et du nom de la plupart de ses auteurs.

Florentin Mouret fut le bibliographe de Claude Aveline, et aussi son éditeur pour une collection de plaquettes tirée à une centaine d’exemplaires hors commerce à lui seul consacrée qui comprit 14 volumes, collection complétée d’une plaquette en duplicateur à stencil. Claude Aveline inaugure la collection Pour FM et ses amis, constituée elle aussi de 14 volumes dont la publication s’étale sur 12 ans, de 1950 à 1961. Chaque volume, au format 17 x 13 cm est mis sous presse chez l’imprimeur avignonnais Rullière, à 150 exemplaires sur vélin d’Annonay. Si les textes des différents volumes sont typographiés de manière classique dans une Garalde qui varie de corps et de dessin d’un volume à l’autre, chacune des couvertures est calligraphiée de la main de l’auteur qu’elle renferme.

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1. Claude Aveline, Extrait du Livre de Vie, 54 p., 31 décembre 1949.

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2. Jean Cassou, La folie d’Amadis et autres poèmes, 62 p., 1er novembre 1950.

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3. Francis Carco, Rêverie dans Amsterdam, 46 p., 21 mars 1951.

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4. Léon-Paul Fargue, Textes, présentés par Marcel Abraham, 64 p., 23 septembre 1951.

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5. Louis-Martin Chauffier, L’écrivain et la liberté, 64 p., 1er novembre 1951.

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6. Georges Duhamel, Dialogue dans la ville délivrée, 42 p., 29 février 1952.

FM&SesAmis-07.jpg

7. Louis Guilloux, Le muet mélodieux, 64 p., 31 décembre 1952.

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8. Anatole France, Ma Suzon chérie, avec des souvenirs de Lucien Psichari, 72 p., 20 mars 1953.

FM&SesAmis-09.jpg

9. Pierre Albert-Birot, Dix poèmes à la mer, 48 p., 21 mars 1954.

FM&SesAmis-10.jpg

10. Charles Vildrac, Jérôme le voyageur, 36 p., 10 mai 1956.

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11. Pierre Boulle, Un étrange événement, 50 p., 9 juin 1957.

FM&SesAmis-12.jpg

12. Paul Gilson, Les voix en peine, 42 p., 15 août 1957.

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13. José Bergamin, Aphorismes traduits de l’espagnol par Claude Aveline et l’auteur,
avec une présentation de celui-ci par celui-là, 44 p., 23 septembre 1959.

FM&SesAmis-14.jpg

14. Jean Lescure, Noires compagnes de mes murs,
avec huit dessins de Chastel, Coulot, Fiorini, Gischia, Lapicque, Prassinos, Ubac, Villeri,
62 p., 21 juin 1961.

On notera le clin d'œil de chaque achevé d'imprimer, daté soit d'une fête catholique majeure, soit d'un équinoxe, soit d'un solstice, soit du dernier jour de l'année, sans oublier un 29 février...

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Published on 06/04/2026 @ 18:17  - none comment - none comment - View ? Add yours ?   Preview   Print...   Top

Le réglage du composteur
ou Comment justifier son composteur

Ce petit billet s’adresse à ceusses et celles que la typographie traditionnelle au plomb (mobile) intéresse ; ceusses et celles qui voudraient la pratiquer mais qui ne savent pas trop par où commencer. Car faut bien commencer un jour si l’on veut se lancer dans une activité quelconque, et faut bien intégrer les notions de base dès ce début, comme ça on n’a plus à y revenir, c’est assimilé et on peut passer à plus complexe ou plus intéressant.

On part du principe, quand même, que l’attrape-science à qui s’adresse ce billet (oui, même toi, au fond, l’hurluberlu qui fait semblant de ne pas écouter…), sait ce qu’est un composteur, une interligne, un lingot ou garniture, une casse parisienne ou non, et un cadratin… et qu’il a plus qu’une vague idée de la réalité des choses qui sa cachent derrière ces mots.

Allez, on commence. Lorqu’on veut composer un texte à la main, en typo traditionnelle, il faut user de l’instrument indispensable à toute composition : le composteur. C’est dans le composteur que l’on crée le texte en assemblant un à un les petits blocs de plomb porteurs d’une lettre, d’un signe ou d’un blanc qui vont former les lignes du texte. Mais ces lignes ont une longueur déterminée et il faut régler le composteur à cette longueur, une bonne fois pour toutes tant que la composition du texte n’est pas achevée. Il existe plusieurs méthodes pour régler le composteur. Employons un vocabulaire plus professionnel : il existe plusieurs méthodes pour justifier le composteur. On va les voir toutes, du moins toutes celles qu’on connaît (s’il en existe d’autres encore oncques on ne nous les a apprises), dans notre ordre de préférence.

JustificationComposteur01.jpg

On prend en main un composteur, le premier que l’on trouve si l’on en a plusieurs, ou le plus adapté à la composition que l’on souhaite réaliser ; le seul que l’on a si l’on n’en possède qu’un et on en libère la partie mobile afin qu’elle puisse coulisser. Ici on a affaire à un composteur à levier en aluminium. Il en existe d’autres en maillechort (plus solides) ou en fer (qui peuvent rouiller). Et d’autres encore dont le système de blocage est à vis. Celui-ci est en aluminium, à levier, et léger. C’est son droit.

Justification à l’arrache

JustificationComposteur02.jpg

On prend un paquet d’interlignes, peu importe le nombre exact, de la longueur souhaitée (ici, des interlignes de 15 douzes) et on le place dans le composteur contre sa partie fixe. On rapproche la partie mobile pour serrer le paquet d’interlignes. On serre bien, et on abaisse le levier pour bloquer la justification.

JustificationComposteur03.jpg

Le tour est joué, il ne reste plus qu’à sortir les interlignes et à commencer la composition. Cette méthode a l’inconvénient d’être peu précise, surtout si les interlignes n’ont pas été coupées à une dimension très exacte ce qui est souvent le cas. Elle a l’avantage toutefois d’être rapide.

Justification à l’ancienne

JustificationComposteur04.jpg

Il faut disposer d’une casse de caractères de corps 12 dont le cassetin des cadratins est bien rempli. Si la casse de corps 12 n’a pas suffisamment de cadratins pour procéder à la justification, on peut se débrouiller autrement. On va voir ça plus bas.

interlude
douze et cicéro

Un petit rappel, surtout pour çui là-bas au fond qui fait semblant de dormir, sur les mesures en typographie traditionnelle. Les mesures typographiques de longueur encore en usage de nos jours en typographie traditionnelle (ou typographie au plomb) sont illégales en France depuis le 21 janvier 1983 où l’Afnor (Association française de normalisation) a décrété que l’unité de mesure légale en typographie était le millimètre. Elle avait légalisé auparavant — le 26 décembre 1978 — le point Didot (du nom de son inventeur) comme unité de mesure en typographie. Se rendant compte de sa bévue, elle revint sur sa décision quelques années plus tard car le point Didot né des mesures de l’Ancien Régime (le pouce royal) n’était en rien lié au mètre, seule unité de mesure légale pour la longueur dans le système international (SI). Le mètre fait même partie des quatre mesures fondamentales du système : mètre, kilogramme, seconde, Ampère.

C’est en point Didot (un point équivaut à 0,373 mm) qu’est conçu et réalisé le matériel typographique traditionnel encore de nos jours, du moins en Europe qui a globalement adopté le point Didot. Le monde typographique anglo-saxon a, lui, depuis le 19e siècle, adopté le point pica plus ou moins dérivé du pouce impérial anglais. Ce qui fait qu’en France, depuis la décision de l’Afnor du 21 janvier 1983, tous les typographes traditionnels sont dans l’illégalité la plus totale et s’en réjouissent. Vive la rébellion, vive le point Didot !

Le multiple du point Didot s’appelle le cicéro ou le douze, et il vaut 12 points Didot, d’où le second de ses deux noms.

Les justifications des lignes, sauf dans des cas très particuliers, se font sur un nombre entier de douzes. Dans une casse de corps 12, les cadratins mesurent 1 douze de haut (le corps) et 1 douze de large (la chasse) on peut donc les utiliser pour justifier un composteur.

JustificationComposteur05.jpg

Il suffit d’en assembler le nombre choisi pour obtenir la justification. Pour une justification de 15 douzes, on en assemblera donc 15.

JustificationComposteur06.jpg

Les 15 cadratins sont placés dans le composteur…

JustificationComposteur07.jpg

… il suffit alors de rapprocher la mâchoire mobile pour les serrer, et de descendre le levier pour bloquer la justification. Mais il se peut qu’on ne dispose pas de suffisamment de cadratins pour procéder à la justification. Qu’à cela ne tienne. On utilise alors des m en les couchant sur le côté et l’on procède de même.

Justification à l’aide de lingots

Les lingots (ou garnitures) qui servent à créer les marges autour des pavés de texte sont fondus de manière très précise. Ils sont fondus naturellement en douzes en largeur (1, 2, 3, 4, 6, 8, 10 douzes) et sont coupés à la scie tout aussi précisément en longueur (4, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 15, 20, 25, 30, 35, 40, 45, 50, 60 douzes). Pour justifier le composteur, on placera les lingots en se servant de leurs largeur (on choisira une longueur qui entre dans le composteur sans déborder). Si l’on en possède, les lingots en aluminium sont à préférer. Ils ne se déforment pas s’ils ont le malheur de tomber par terre et ne risquent donc pas de fausser la justification du composteur.

JustificationComposteur08.jpg

Pour justifier sur 15 douzes, dans le cas présent, on a pris des lingots de 7 douzes de hauteur pour qu’ils ne dépassent pas du composteur. 3 lingots de 4 douzes de largeur et 1 lingot de 3 douzes de largeur (4 + 4 + 4 + 3 = 15).

JustificationComposteur09.jpg

On rapproche la mâchoire mobile, on serre, et on bloque avec le levier. Ne reste plus qu’à ranger les lingots dans le lingotier.

JustificationComposteur10.jpg

Une variante de cette méthode consiste à introduire un petit morceau de papier ordinaire 80 g entre deux lingots. La justification est ainsi imperceptiblement plus grande. Cela permet, lorsqu’on serre une forme d’impression utilisant des interlignes qui ne sont pas toutes à la bonne dimension, de serrer sur les lignes de caractères et non pas sur les interlignes qui seraient un peu trop longues.

C’est fini, les trois méthodes sont exposées. À apprendre par cœur. Interrogation écrite la semaine prochaine, bandes d’arpètes, bandes d’attrape-science !

Le réglage du composteur
ou Comment justifier son composteur

Ce petit billet s’adresse à ceusses et celles que la typographie traditionnelle au plomb (mobile) intéresse ; ceusses et celles qui voudraient la pratiquer mais qui ne savent pas trop par où commencer. Car faut bien commencer un jour si l’on veut se lancer dans une activité quelconque, et faut bien intégrer les notions de base dès ce début, comme ça on n’a plus à y revenir, c’est assimilé et on peut passer à plus complexe ou plus intéressant.

On part du principe, quand même, que l’attrape-science à qui s’adresse ce billet (oui, même toi, au fond, l’hurluberlu qui fait semblant de ne pas écouter…), sait ce qu’est un composteur, une interligne, un lingot ou garniture, une casse parisienne ou non, et un cadratin… et qu’il a plus qu’une vague idée de la réalité des choses qui sa cachent derrière ces mots.

Allez, on commence. Lorqu’on veut composer un texte à la main, en typo traditionnelle, il faut user de l’instrument indispensable à toute composition : le composteur. C’est dans le composteur que l’on crée le texte en assemblant un à un les petits blocs de plomb porteurs d’une lettre, d’un signe ou d’un blanc qui vont former les lignes du texte. Mais ces lignes ont une longueur déterminée et il faut régler le composteur à cette longueur, une bonne fois pour toutes tant que la composition du texte n’est pas achevée. Il existe plusieurs méthodes pour régler le composteur. Employons un vocabulaire plus professionnel : il existe plusieurs méthodes pour justifier le composteur. On va les voir toutes, du moins toutes celles qu’on connaît (s’il en existe d’autres encore oncques on ne nous les a apprises), dans notre ordre de préférence.

JustificationComposteur01.jpg

On prend en main un composteur, le premier que l’on trouve si l’on en a plusieurs, ou le plus adapté à la composition que l’on souhaite réaliser ; le seul que l’on a si l’on n’en possède qu’un et on en libère la partie mobile afin qu’elle puisse coulisser. Ici on a affaire à un composteur à levier en aluminium. Il en existe d’autres en maillechort (plus solides) ou en fer (qui peuvent rouiller). Et d’autres encore dont le système de blocage est à vis. Celui-ci est en aluminium, à levier, et léger. C’est son droit.

Justification à l’arrache

JustificationComposteur02.jpg

On prend un paquet d’interlignes, peu importe le nombre exact, de la longueur souhaitée (ici, des interlignes de 15 douzes) et on le place dans le composteur contre sa partie fixe. On rapproche la partie mobile pour serrer le paquet d’interlignes. On serre bien, et on abaisse le levier pour bloquer la justification.

JustificationComposteur03.jpg

Le tour est joué, il ne reste plus qu’à sortir les interlignes et à commencer la composition. Cette méthode a l’inconvénient d’être peu précise, surtout si les interlignes n’ont pas été coupées à une dimension très exacte ce qui est souvent le cas. Elle a l’avantage toutefois d’être rapide.

Justification à l’ancienne

JustificationComposteur04.jpg

Il faut disposer d’une casse de caractères de corps 12 dont le cassetin des cadratins est bien rempli. Si la casse de corps 12 n’a pas suffisamment de cadratins pour procéder à la justification, on peut se débrouiller autrement. On va voir ça plus bas.

interlude
douze et cicéro

Un petit rappel, surtout pour çui là-bas au fond qui fait semblant de dormir, sur les mesures en typographie traditionnelle. Les mesures typographiques de longueur encore en usage de nos jours en typographie traditionnelle (ou typographie au plomb) sont illégales en France depuis le 21 janvier 1983 où l’Afnor (Association française de normalisation) a décrété que l’unité de mesure légale en typographie était le millimètre. Elle avait légalisé auparavant — le 26 décembre 1978 — le point Didot (du nom de son inventeur) comme unité de mesure en typographie. Se rendant compte de sa bévue, elle revint sur sa décision quelques années plus tard car le point Didot né des mesures de l’Ancien Régime (le pouce royal) n’était en rien lié au mètre, seule unité de mesure légale pour la longueur dans le système international (SI). Le mètre fait même partie des quatre mesures fondamentales du système : mètre, kilogramme, seconde, Ampère.

C’est en point Didot (un point équivaut à 0,373 mm) qu’est conçu et réalisé le matériel typographique traditionnel encore de nos jours, du moins en Europe qui a globalement adopté le point Didot. Le monde typographique anglo-saxon a, lui, depuis le 19e siècle, adopté le point pica plus ou moins dérivé du pouce impérial anglais. Ce qui fait qu’en France, depuis la décision de l’Afnor du 21 janvier 1983, tous les typographes traditionnels sont dans l’illégalité la plus totale et s’en réjouissent. Vive la rébellion, vive le point Didot !

Le multiple du point Didot s’appelle le cicéro ou le douze, et il vaut 12 points Didot, d’où le second de ses deux noms.

Les justifications des lignes, sauf dans des cas très particuliers, se font sur un nombre entier de douzes. Dans une casse de corps 12, les cadratins mesurent 1 douze de haut (le corps) et 1 douze de large (la chasse) on peut donc les utiliser pour justifier un composteur.

JustificationComposteur05.jpg

Il suffit d’en assembler le nombre choisi pour obtenir la justification. Pour une justification de 15 douzes, on en assemblera donc 15.

JustificationComposteur06.jpg

Les 15 cadratins sont placés dans le composteur…

JustificationComposteur07.jpg

… il suffit alors de rapprocher la mâchoire mobile pour les serrer, et de descendre le levier pour bloquer la justification. Mais il se peut qu’on ne dispose pas de suffisamment de cadratins pour procéder à la justification. Qu’à cela ne tienne. On utilise alors des m en les couchant sur le côté et l’on procède de même.

Justification à l’aide de lingots

Les lingots (ou garnitures) qui servent à créer les marges autour des pavés de texte sont fondus de manière très précise. Ils sont fondus naturellement en douzes en largeur (1, 2, 3, 4, 6, 8, 10 douzes) et sont coupés à la scie tout aussi précisément en longueur (4, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 15, 20, 25, 30, 35, 40, 45, 50, 60 douzes). Pour justifier le composteur, on placera les lingots en se servant de leurs largeur (on choisira une longueur qui entre dans le composteur sans déborder). Si l’on en possède, les lingots en aluminium sont à préférer. Ils ne se déforment pas s’ils ont le malheur de tomber par terre et ne risquent donc pas de fausser la justification du composteur.

JustificationComposteur08.jpg

Pour justifier sur 15 douzes, dans le cas présent, on a pris des lingots de 7 douzes de hauteur pour qu’ils ne dépassent pas du composteur. 3 lingots de 4 douzes de largeur et 1 lingot de 3 douzes de largeur (4 + 4 + 4 + 3 = 15).

JustificationComposteur09.jpg

On rapproche la mâchoire mobile, on serre, et on bloque avec le levier. Ne reste plus qu’à ranger les lingots dans le lingotier.

JustificationComposteur10.jpg

Une variante de cette méthode consiste à introduire un petit morceau de papier ordinaire 80 g entre deux lingots. La justification est ainsi imperceptiblement plus grande. Cela permet, lorsqu’on serre une forme d’impression utilisant des interlignes qui ne sont pas toutes à la bonne dimension, de serrer sur les lignes de caractères et non pas sur les interlignes qui seraient un peu trop longues.

C’est fini, les trois méthodes sont exposées. À apprendre par cœur. Interrogation écrite la semaine prochaine, bandes d’arpètes, bandes d’attrape-science !

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L’homme au coin
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10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
H. C.

 __________

Thomas Braun
La Bénédiction
des fromages

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8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
30 €

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CLS
A pas feutrés

frnx-281-mini.jpg

Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
250 €

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Marie-Rose de France
Dits

frnx-283-mini.jpg

26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
60 €

The gloss book

Marie-Rose de France
Dits

frnx-283-mini.jpg

36 p., format 10 x 14 cm.
composé et imprimé en
typographie au plomb
Tirage à 120 exemplaires.
60 €

(cliquer sur l'image
pour en savoir plus)

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