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L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
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Des barbares...
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.

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Cisaille à carton - par cls
Ça fait trois jours que dans ma petite région, on n’a plus d’Intermouettes. Trois jours ! Une éternité pour bon nombre. Je ne me suis pas renseigné mais il doit y avoir certains bipèdes par ici qui sont au bord du suicide. Surtout chez les trente ans et moins. J’en mettrai à couper une partie de mon anatomie… tiens, disons… mon oreille, pour faire comme Vincent ! J’ai besoin du reste pour continuer à bosser.
Qu’est-ce qu’on peut faire sans intermouettes de nos jours, à part déprimer dans le noir ou organiser ses petites tentatives de suicide raté ? Aller faire ses courses, par exemple. J’y suis allé ce matin parce que le frigo, sans être totalement vide n’était pas vraiment plein. Arrivé à la caisse, la gentille caissière me dit :
— On prend pas les cartes, on n’a plus d’Intermouettes ! C’est liquide ou chèque. Et si vous voulez de l’essence, c’est pas possible, on n’a plus d’Intermouettes…
Payer par chèque ! Reusement que comme tous les vieillards pré-séniles je me trimballe avec mon chéquier sur moi, vieille habitude. Une éternité que je ne l’avais pas sorti de ma poche. Ça se fait plus ce genre de trucs, les chèques… Même que les banques depuis quelques années envisagent de les supprimer, les chèques. Parce que ça leur coûte des sous, les chèques, puisqu’elles font fabriquer les chéquiers et qu’elles les donnent à leurs clients, les chéquiers. Oui, elles les donnent ! Vous vous rendez compte, elles les donnent les chéquiers. Elles les donnent ! Et elles perdent de l’argent en les donnant, et c’est contre nature que les banques perdent de l’argent puisqu’elles ont été inventées pour en gagner, de l’argent, avec l’argent qu’on leur donne. Enfin, on ne leur donne pas, on le leur confie et elles gagnent leur argent avec notre argent. Les banques, c’est le seul secteur économique qui ne produit rien, sauf de l’argent avec de l’argent. On pourrait envoyer toutes les banques et tous les banquiers sur la lune, ils pourraient se débrouiller entre eux pour gagner de l’argent, et nous, sur terre, on en reviendrait au troc… Bon, j’arrête là. Je pourrais en tartiner encore des pages et des pages mais on n’est pas là pour ça.
Donc, plus d’Intermouettes, pas un rézal social qui fonctionne, plus la possibilité d’acheter en ligne et surtout plus de petits chats sur YouTube… Gravissime !
Qu’est ce qu’on peut faire d’autre que faire ses courses quand on n’a plus d’Intermouettes ? On pourrait aller dehors et cultiver son jardin, comme Pangloss, encore faut-il avoir un jardin et aimer jardiner. Ou alors, on pourrait faire de la typographie au plomb dans son atelier de typographie au plomb. Pas besoin d’Intermouettes pour faire de la typographie au plomb. Même pas besoin d’électricité, souvent, pour faire de la typographie au plomb. C’est naturel, le plomb. C’est sain, le plomb. C’est écologique et c’est économe d’énergie, le plomb… et ça protège des radiations atomiques. Du moins, c’est économe d’énergie qu’on paye, pas d’énergie bipédique. Car il en faut de cette énergie-là avec la typographie au plomb. Car c’est lourd, le plomb.
Alors je suis dans mon atelier, sans Intermouettes, je tripote quelques bouts de plomb, histoire de me mettre en train, quand… sous mes yeux… et sous une petite pile de paperasse d’essais et d’objets qui n’ont rien à faire sur elle, j’aperçois une cisaille. Une cisaille que j’avais achetée voici bien longtemps, dans les années 1980, aux puces de Vanves, si je me souviens bien. Mais peut-être que je ne me souviens pas bien, car je ne suis pas sûr que c’était aux puces de Vanves. Cette cisaille, je ne l’avais pas achetée très cher, pour deux raisons. La première, parce que mon vendeur voulait s’en débarrasser, histoire de ne pas la ramener chez lui, parce qu’elle pèse son poids ; la deuxième parce qu’elle n’était pas complète. Il lui manquait sa presse. Et la presse est indispensable pour maintenir le carton ou le papier en place pendant qu’on le coupe. Sans elle, très gros risque de couper en courbe ou de travers.
Une cisaille de la marque Spid, une bonne marque. Les cisailles Spid sont généralement peintes en gris. Le gris, c’est de bon ton, c’est neutre, ça fait bien dans un atelier. La mienne était bleue, repeinte dégueulassement en bleu layette par un sagouin. Pendant des années je l’ai laissée comme ça, bleue, avec une presse bricolée à la va-comme-je-te-pousse à l’aide de d’une bande de polyéthylène que je pressais de la main gauche pendant que je coupais avec la droite. Mais ce bricolage n’était pas efficace et il m’arrivait de couper en courbe ou de travers. J’ai fini par ne plus l’utiliser et je l’ai remisée dans un coin jusqu’à l’été dernier où j’ai décidé de la restaurer pour lui donner une seconde jeunesse. Je l’ai démontée entièrement, je l’ai décapée, j’ai viré l’épouvantable peinture bleue en mettant le métal à nu, et je l’ai repeinte. En noir. Avec du rouge pour le poids et pour la poignée. Noir et rouge. La classe ! Mais toujours pas de presse… En la voyant dans mon atelier, depuis, à chaque fois, je pestais intérieurement en me disant qu’il fallait que je fabrique cette satanée presse qui manquait…
Pas d’Intermouettes, une bonne raison pour ne plus retarder le moment de la fabrication de la presse. J’avais déjà acheté la ferraille pour la faire. J’avais aussi acheté un poste de soudure au fil fourré (technique réputée la plus simple pour pratiquer la soudure à l’arc quand on est loin d’être un professionnel de la chose). Ne me manquait rien… et, cerise sur le gâteux (ou le gâteau, si vous préférez), ma pouse partait pour quelques jours hors les murs j’avais la maison pour moi tout seul et je pouvais laisser mon bordel partout tant que je n’avais pas terminé le boulot. Surtout, je pouvais me traiter de tous les noms avec une voix de stentor dès que je faisais une connerie, personne pour m’entendre râler, personne pour s’inquiéter…
Mon seul regret, c’est de n’avoir pas pensé à prendre quelques photos pendant la fabrication. La cisaille est opérationnelle avec sa presse maintenant. Deux ou trois photos pour le confirmer. Ah, j’oubliais : c’est une cisaille à carton et elle fait 60 cm de coupe.



Oui, je sais, la dernière photo est floue. Mais j'ai la flemme de la refaire. Je viens à peine de terminer la fabrication de la presse (et le nettoyage de l'atelier), et j'en ai plein les bottes.
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