Page en cours de chargement
L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
(vidéos)

Auteurs

Chronologique

Des barbares...
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.

Bibliotératologie

Casses

Divertissements

Fin-de-Siècle

Fourneau et Fornax

Impressions

Typographie
14000449 visiteurs
40 visiteurs en ligne
Les fréquenteurs réguliers de ce site — s’il y en a — ont remarqué que le billet du lundi n’est pas arrivé hier comme c’était de tradition depuis le début d’année. Une raison ? Oui, bien-sûr, il y en a une : on a passé cette journée d’hier à récupérer du matériel chez un confrère sympathique (et un peu triste) qui fermait définitivement l’imprimerie créée par son grand-père, puis tenue par son père avant qu’il ne la prenne en charge. Quel matériel ? Un peu de plomb, une huitaine de casses de 50 cm, beaucoup de caractères bois (inventaire encore à faire, les caractères sont empilés dans une quinzaine de petits cartons), un comparateur et une foultitude de numéroteurs. Sans compter les rames de papier. Ça, c’est uniquement pour le petit matériel récupéré hier. Viendra dans un avenir proche, pour grossir l’atelier de Fornax, une presse Stanhope de chez Berthier (quarante ans que j’en voulais une), et du gros matériel de reliure pour la madame que je vis avec. On en reparlera peut-être, si l’occasion se présente.
Ça, c’était pour tenter d’excuser le retard du billet du lundi. On comprendra que je n’ai pas trop le temps de vous concocter un billet assez long et assez documenté comme j’en avais pris l’habitude. J’ai tout le matériel d’hier à ranger. Alors, pour ne pas vous laisser sur votre faim de culture gé ou de culture typographique, j’ai ressorti de mes archives un cliché qui peut prêter à discussion dans tous les sens du terme. Il date un peu. Mars 2017. Il ne s’insère donc dans aucune actualité...

Collage sauvage.
La typographie est, en général, au service du texte. La typographie expressive, comme on en voit ici, est au service de l’expression. Pas d’image, rien que du texte. Mais du texte déstructuré qui va attirer l’œil et arrêter le passant qui passe pour qu’il fasse l’effort d’en comprendre le contenu.
Terminons sur une pirouette, sur une plaisanterie un peu éculée : On a affaire ici à beaucoup de polices et de corps pour parler de police et de morts.
C’est l’été depuis quelques temps déjà. Sans vouloir nous vanter, nous sommes vachement balaises d’avoir échappé à trois canicules successives. Enfin, pour être exactement exact et causer bon la france-langue avec bon les mots et bonnes les expressions, on ne peut pas parler à proprement parler de trois canicules. On aurait mieux fait de dire qu’on a traversé trois périodes de chaleur intense très au-dessus des chaleurs normalement constatées pendant ces périodes. Mais c’est foutrement trop long à dire, alors on dit canicule parce que c’est plus court. Mais c’est pas vrai quand on dit ça. D’abord parce que des canicules peut pas y en avoir trois dans la même année, vu qu’il n’y en a qu’une de possible par année. Pourquoi ? Parce que la canicule, c’est la période de l’année qui va du 22 juillet au 23 août quand le soleil se lève en même temps que la constellation du Grand Chien. Tout le monde sait ça depuis les Romains, sauf vous, là-bas, oui vous, toujours le même, avec vos deux gros yeux globuleux pleins d’étonnement. Grand Chien, toutou, ouah ouah ! canis en latin, la langue qu’ils causaient, les Romains. Canis, d’où canicule. Et cette canicule, la vraie, elle n’est pas encore commencée ; elle commencera dans deux jours seulement.
Bon, on n’a pas forcément la culturation de savoir ça. Et on s’en fout un peu, vu qu’on est en vacances avec seulement un string comme vêtition, hein ? Mais faut quand même faire gaffe aux coups de soleil si qu’on n’a pas étalé sur son épiderme délicat de vacancier en goguette, la crème protectrice et salvatrice qu’on a acheté une blinde chez le pharmacien du coin, qui en profite pour faire ses petits bénefs estivaux. Y’a pas de petits profits dans la vie et dans nos sociétés capitalistes et fières de l’être.
Mais en amont, est-ce qu’on a pris aussi une autre précaution, celle de maigrir sans s’aigrir ? Petit régime pré-vacancier, histoire de paraître un peu moins ridicule auprès des autres, avec un peu moins de bourrelets, un peu moins de bide, un peu moins de pneu, un peu moins de hanches adipeuse (A dit quoi ? — A dit peu !) Parce que le regard de l’autre, ça compte. Surtout quand c’est un regard de commisération, ou de reproche, voire de dégoût. On s’est privé de manger tout ce qu’on aime pendant deux mois (ou un peu moins), hein, mâme Germaine, pour être plus présentable en oubliant les bonbons, contrairement à la chanson de Brel. Et ce régime, plus ou moins dictatorial, fait le bonheur des médecins nutritionnistes car faut pas que ce soient les seuls pharmaciens avec leur crème, qui doivent profiter de la manne financière. Bah, tiens !
Pourtant, on a une solution encore plus simple qui évite les nutritionnistes. Ne plus rien manger du tout. Ah, c’est pas facile, mais on peut y arriver. La preuve, Jésus, dans le désert, il n’a pas bouffé pendant quarante jours, et en plus, il était emmerdé par le Diable. Bien sûr, tout le monde n’est pas Jésus. C’est pour ça qu’on peut s’aider avec un petit set d’outils bien utile. Je vous en mets la photo, là, juste dessous.

Couverts trouvable dans tout magasin digne de ce nom.
le soufflet à casses
Ah, ma brave dame ! Ah, mon bon monsieur ! Quelle horrible chose que la poussière ! Elle est partout, elle s’insinue partout, elle se dépose sur tout et surtout, elle salit tout ! Qui ne rêve pas — du plus petit au plus grand, du plus célèbre au plus obscur, du plus jeune au plus vieux, du plus progressiste au plus conservateur, du plus masculin à la plus féminine — qui ne rêve pas d’un monde sans poussière ? Ah, bien sûr, femmes et hommes de ménage vont y trouver à redire car elle est au cœur de leur travail, cette poussière, mais ces bipèdes travailleurs de tous sexes et de toutes origines sont minorité et nos sociétés absurdes nous ont convaincu qu’il faut négliger les minorités. Alors négligeons, négligeons, même à contre-cœur… et rêvons à un monde sans poussière. Rêvons, oui, rêvons mais point trop longtemps car, hélas, il y a loin du rêve à la réalité. Et, quand nous ouvrons à nouveau nos yeux (nous les avions fermés pour rêver) et que nous jetons un regard circulaire autour de nous, nous ne voyons que la poussière, envahissante, insinuante, salissante… Triste constat, amère désillusion…
« Poussière, poussière, toujours accumulée ! » aurait pu dire Paul Valéry s’il n’avait été obsédé que par la mer. Car cette poussière est bien plus obsédante, et bien plus dangereuse que la mer. Bien plus dangereuse, même, que la guerre — cette ineptie humaine — car la poussière n’en finit jamais alors que la guerre s’ingénie toujours à en finir un jour, ne serait-ce que par manque de combattants ou de ressources financières.
La guerre contre la poussière — Heu, guerre est un mot ici un peu fort, allez, disons : la lutte, et n’en parlons plus — la lutte contre la poussière est une lutte sans fin qui touche tous les individus de tous les milieux, de toutes les sociétés, des plus stupides (comme la Société des Adorateurs du mou de veau) aux plus prestigieuses (comme la Société des Amis de la mer de Paul Valéry). Les bipèdes ordinaires (et même extraordinaires) ont toujours su se doter d’outils de lutte contre la poussière. Tous les bipèdes. Ainsi, avec moult précautions ils se rendent dans des lieux idoines (quincailleries, grands magasins) pour se procurer contre une part non négligeable de leurs salaires : balais brosse ou de coco, plumeaux, chiffons électrostatiques, wassingues, aspirateurs de tous poils et, leur outil de prédilection en main, ils entrent en lutte…
Les typos et les typotes quittent leurs p’tits pots (de vin) et leurs tea pots (avec citron et lait) pour lutter contre la poussière qui envahit leurs casses et qui leur salit les doigts. « Déjà — disent-ils ou disent-elles — que le plomb propre salit les mains, alors… quand le plomb est poussiéreux, c’est intolérable ! » Ils empoignent alors le soufflet à casses qui ressemble si fort à un clystère utilisés par nos arrières-grands-oncles et de nos arrières-grandes-tantes du temps que Molière était encore en vie…
Cassetin après cassetin, typos et typotes confondus soufflent pour chasser la poussière afin de libérer la casse de l’emprise de la poussière. Les esprits chagrins diront, avec une moue caustique et un petit rire énervant : « À quoi cela peut-il bien servir ? La poussière soufflée finit toujours par retomber dans la casse quand elle ne s’insinue pas dans les poumons du souffleur, c’est ridicule et inutile ! » Peut-être, peut-on leur répondre, mais il suffit de se placer hors de l’atelier par temps de léger vent, et la poussière s’envole ailleurs, sur les draps de la lavandière, par exemple, qui vient juste de les étendre sur un fil… La casse ainsi dépoussiérée peut alors trouver de nouveau place dans l’atelier.
Cette pratique typographique, qui a un peu perdu de son actualité, peut encore, de nos jours, être illustrée de quelques images explicatives. Ouvrons nos yeux et souvenons-nous :

Ah, zut ! une casse poussiéreuse…

Vite, le soufflet à casses !

L’extrémité du soufflet qui peut entrer dans chaque cassetin, même les plus étroits.

Introduction dans un cassetin, actionnement du piston du soufflet (comme une pompe à vélo).

Le soufflet souffle…

La poussière s’envole…

Le mouvement du soufflage en continu…
La casse dépoussiérée est une casse de 50 cm de large. La plus petite dimension de casse. Cela pour prouver que le soufflet peut être utilisé sur tous les types et toutes les dimensions de casses. Maintenant, je vais chercher l’aspirateur pour me débarrasser de toute cette poussière qui s’est déposée dans l’atelier…
pour passer le temps…
On prévoit des choses, on prévoit… et Bam ! Bing ! Boum ! y’a un truc qui vous en empêche. Les choses et les trucs, avec moi, n’ont jamais fait bon ménage. J’avais prévu de vous faire un joli billet technique pour vous faire la nique avec la tech (ancienne)… mais la tech (nouvelle) n’a pas vu tout ça d’un bon œil, ni d’une bonne oreille [la tech (moderne) ne s’intéresse qu’à l’œil et à l’oreille, le reste elle s’en fout… pour l’instant]. La tech (moderne), s’est dit, dans son crâne de tech plein de 1 et de 0 : « Tiens, je suis sûre qu’il va encore nous déblatérer des phrases et des phrases sur une machine qui date d’avant la création de l’univers, ou d’une technique à la mords-moi les ronds de chapeaux pour les transformer en donuts (c’est la mode d’ingurgiter de l’innommable sous prétexte qu’il y a du vide au milieu)… moi, j’en ai marre ! Je vais z’y faire une bonne blague, à c’t’olibrius. » Et elle a fait exprès de planter mon ordurateur pour pas que je passe mon billet. Plantage toute la matinée sous prétexte de mise à jour… qui ne s’est pas faite parce qu’elle n’avait pas la place pour bouger les coudes, ni pour manier le marteau-piqueur, ni pour tourner le cruciforme à manche nickelé dont elle se sert comme un pied pour visser dans le sens de la vie, rien que pour voir l’effet que ça fait sur moi. Elle sait maintenant : ça m’énerve.
Donc, moi, plus le temps de faire mon beau billet tout neuf, tiré à ma boîte à billets neufs dans mon crâne, à l’aide de ma carte à puce pour boîte à billets neufs insérée par l’oreille avec le code idoine ; un billet plein de belles informations vérifiées, aux sources incontestables, aux photos imparables et incomparables faites spécialement pour, aux belles phrases qui s’enchaînent à la perfection et qui égrainent leur savoir comme dans une boîte à musique bien huilée, en bois précieux qui, dès qu’on en soulève le couvercle, vous fredonne le standard cinématographico-musical Hello, le soleil brille, brille, brille ! Enfin, vous voyez le topo !…
Je vais faire dans le simple, dans le rapide, dans le concret, dans le visuel, puisqu’y a que ça qui marche, avec le sonore. Foin du tactile, basta de l’olfactif, quant au gustatif, on vous donne exceptionnellement le droit d’entr’ouvrir la bouche pour suçaraquer votre souris ou votre pad, vous verrez, c’est pas terrible. Tiens, ça me donne une idée. Une idée à refourguer à nos gentils fabriquants d’ordurateurs : les faire fabriquer dans des matériaux comestibles bourrés de merveilleux parfums synthétisés à partir de nos déchets. On boufferait nos ordurateurs avec joie ; alors ils en vendraient encore plus, et on pourrait les enterrer dans un linceul encore plus plein de beaux billets de banque pour que ça soit plus confortable, des billets qui n’ont rien à voir avec les miens, qui valent beaucoup moins, cela dit en passant. Je vais faire dans le simple, ai-je dit, je vais parler des couleurs. C’est bête comme chou, les couleurs, sauf pour les aveugles, bien sûr, qui doivent faire preuve d’imagination. Mais c’est bien l’imagination…
Je vais vous parler des couleurs, mais pas de n’importe quelles couleurs. Pas les couleurs des drapeaux. Moi, les couleurs des drapeaus, c’est pas mon truc. Je m’en fous un peu des drapaults et de leurs couleurs. Je m’en fous surtout des drapaux. Même que ça sert à rien les drapeaults. Simplement à bouger dans le vent quand il y a du vent, mais du vent, y’en a pas toujours, alors ils pendant lamentablement parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre quand il n’y a pas de vent, celui de l’histoire ou un autre, peu importe. Si seulement on s’en servait, des drapôs, pour sécher les larmes des enfants, ou les moucher quand on leur apprend que leur papa ou leur maman sont morts pour la patrie ou toute autre raison plus ou moins stupide de cet ordre ou de ce désordre, si seulement on s’en servait pour ça, rien que pour ça… ils commenceraient à être un peu utiles, les drapaus. Mais même pas…
Donc, je ne vais pas vous parler des couleurs des drapots. Je vais vous parler des couleurs de la Nature. Passe que l’être le plus intelligent et le plus important sur cette planète, c’est bien la Nature. C’est incontestable, j’espère que c’est incontesté. Bien sûr, c’est pas la Nature qui a inventé les couleurs. C’est le cerveau de l’œil, tout le monde sait ça. Le cerveau de l’œil, il fabrique les couleurs à partir de ce qu’il voit. Il voit des longueurs d’onde, et pof ! il fabrique des couleurs. Il voit une longueur d’onde de 520 nm et pof ! il fabrique du vert. Comme ça, instantanément. Il est très fort, le cerveau de l’œil. La Nature, elle est très forte aussi, parce qu’elle sait fabriquer plein de choses avec pas beaucoup de matière première. Surtout en les combinant. Elle combine, elle combine tout le temps. Parfois elle réussit, parfois ça rate, comme avec nous, les bipèdes. Mais elle se décourage pas, la Nature. Elle continue à combiner. Elle s’en lasse pas…
Arrivé ici, j’en ai un peu marre de causer. Je pourrais continuer, mais j’en ai un peu marre. Vraiment. Alors, je vais vous passer des images. Vous aimez les images, j’en suis sûr. Tout le monde aime les images. Et comme vous faites partie du groupe Tout le monde, vous aimez forcément les images. En voilà, les longueurs d’onde autour de 520 nm y sont omniprésentes :

Bien sûr, il y a la terre, mais il y a aussi l’eau, alors on s’en débarrasse, pour commencer. Le bleu-gris de l’eau de mer à écume blanche sous le blanc et bleu layette du ciel.

Les rayures vert tendre et marron du champ de Marcel devant le vert émeraude des arbres.

Le brun roux des feuilles d’automne derrière le vert persistant d’un réfractaire en fleur.

Le rouge des pommes caché dans le vert des feuilles.

Le mauve pâle, presque blanc des fleurs de lin perchées sur leurs longues tiges vertes et droites.

Le mauve des fleurs de lin tranche sur le vert herbeux des tiges.

Le rouge intense des coquelicots coincé entre le vert de l’herbe et le bleu et blanc du ciel.

Le rouge du coquelicot trouve sa complémentaire dans le vert de sa tige, merveilleux arrangement.

Le blanc pur des fleurs de pavot somnifère qui nous tournent le dos pour mieux dormir.

Le rouge carmin des feuilles du prunus éclairées par le soleil.

Le noir des arbres aux fruits corvidés sous un ciel gris d’automne finissant.

Le vert et jaune des champs sous le bleu et blanc du ciel.

Le givre blanchissant du paysage dans une brume opacifiante.

Le rouge du fruit ovale percé des aiguilles blanches et pointues du givre.

Le double arc en ciel dans le gris de l’orage convainc le champ vert fluo de se transformer en flèche.

Le pinceau lumineux de la base de l’arc en ciel repeint le paysage du violet au rouge pour oublier le gris du ciel.

Le rose et blanc des fleurs de pommier vient égayer le vert et brun des branches.

Le vert du blé en herbe et le jaune du colza en fleur permettent à l’arbre éloigné de marquer sa place sous le ciel blanc de nuages.

Les trois chevaux blancs broutent des boutons d’or devant une frondaison émeraude.

Les pavots en fleurs tapissent de blanc jusqu’à l’horizon.

Les branches nues et noires se sont habillées de glace transparente pour combattre le froid.

Les bourgeons à peine éclos se sont revêtus d’une armure de glace qui cache mal le marron de leur naissance.

Les fleurs blanches au cœur jaune des pommes de terre sèment de pois clairs le vert de la robe du champ.

Le vert tendre du blé qui n’a pas commencé à mûrir, ponctué de trois gouttelettes de sang coqueliquesques.

Le jaune grisâtre du blé qui ne demande qu’à être moissonné.

Le jaune d’or du tournesol au cœur brun qui se tourne vers nous pour fêter le soleil.

Les timides jeunes tournesols n’osent pas montrer le jaune leurs pétales au passant qui les observe et veulent se fondre dans le vert du feuillage.

Le rouge des prunes du prunier aux feuilles rouges, un joli camaïeu.

Les prunes jaunes du prunier à feuilles vertes, rondes comme des billes et chauffées par le soleil.

Le jaune du colza s’est assombri de gris sous le ciel orageux.

Une symphonie de verts : le vert-jaune de la vigne, le vert cru de l’herbe, le vert émeraude du blé en herbe, le vert diffus des champs à l’horizon ponctués du jaune du colza sous le bleu-gris du ciel.

Et c’est le vert, encore le vert, toujours le vert qui cherche presque à colorer de vert le gris du ciel.

La journée se termine. Le champ tente de garder sa chaleur sous sa couverture d’ombre, le ciel bleu blanchit, rosit, jaunit, se teinte d’orange pour oublier que dans quelques instants il noircira pour faire la part belle à la lune, toute petite, là-haut, que l’on distingue à peine.

Le noir est arrivé. La lune, pleine, ronde, blanche, éclaire d’une lueur fantômatique l’arbre nu au squelette inquiétant.
Voilà. Comme quoi, même si ça compte pour beaucoup, y’a pas que la typo dans la vie…
(et très oublié)
procédé d’impression
Panchroma Procédé 136
Voici quelques jours, c’était la Fête de la musique, alors ça m’a donné l’idée de ce billet. On aime la musique ou on ne l’aime pas, enfin disons plutôt, on apprécie d’écouter de la musique ou on ne la supporte pas. Personnellement je la supporte assez bien mais je ne la recherche pas plus que cela. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des disques 78 tours (et le gramophone qui va avec), des disques vinyles et des CD, et les outils qui vont avec. Je peux donc m’emmusiquer les oreilles quand je le veux. Mais je ne suis pas un spécialiste. Je ne saurais pas faire la différence, à l’audition les yeux bandés, entre un enregistrement vinyle et un enregistrement CD du même morceau par les mêmes interprètes. C’est comme ça. On n’est pas parfait. Moi, ma spécialité, c’est les procédés d’impression. Et justement, je vais vous parler d’un procédé d’impression plutôt curieux qu’on ne retrouve (à ma connaissance) que sur des pochettes de vinyles. Le Procédé 136 (c’est son nom), Panchroma (c’est son prénom).
De quoi il retourne ? Comment expliquer ? En gros, c’est un procédé un peu comme le pochoir (mais ce n’en est pas) qui consiste à colorier une image en noir, imprimée dans un procédé classique, en l’occurence ici, de l’offset, à l’aide de couleurs transparentes, comme des sortes de gels, qui créent un relief. Ce procédé d’origine française (pour une fois) qui date des années 1950 a sûrement été à l’origine d’un dépôt de brevet mais les archives en ligne de l’INPI ne descendent pas — ou pas encore — à une date aussi proche de nous, donc impasse pour trouver des détails au sujet de son fonctionnement. On ne peut qu’être réduit à des hypothèses qui selon toute probabilité pourraient se retrouver fausses… Alors on va éviter d’en faire, et de se la péter et disant des trucs genre : « Moi, je sais, ça se fait comme ça ! » en bombant le torse. Pas envie qu’on me rabatte mon caquet et qu’on le piétine sauvagement quand il est à terre.
Le Procédé 136 n’a été pratiqué que par une seule imprimerie parisienne, l’imprimerie J. Marx et Compagnie, sise au 4, impasse de la Félicité dans le 15e arrondissement. C’est donc J. Marx (ou la personne qui se cache derrière ce nom de société) qui en est l’inventeur et le praticien. Elle s’est spécialisée dans l’impression de pochettes de disques. Peut-être imprime-t-elle autre chose mais nous n’en avons pas trace. L’imprimerie J. Marx cesse ses activités en décembre 1959. Elle est reprise dès janvier 1960, à la même adresse, par Jean Colombet qui pratique à son tour le Procédé 136. L’imprimerie fermera définitivement ses portes le 25 décembre 1984.
Quelques exemples maintenant pour illustrer le propos. On va le voir, c’est assez kitsch.

On commence par le moins spectaculaire. Une pochette dont on a trouvé l’image sur le Net. Ici la face avant.

La face arrière.
— On passe maintenant à notre collection particulière.

Quand je parlais de kitsch à l’instant, on en voit un petit exemple ici. Une impression offset en noir et argent, avec les 6 couleurs « gel » du Procédé 136 par dessus. Un vinyle de 25 cm.

C’est au verso que l’on trouve l’indication de l’imprimeur, et du procédé.

Agrandissement de la signature de l’imprimeur.

Détail en prise de vue rasante.

Jazz Sebastien Bach par les Swingle singers. Seuls les petits rectangles sont en Procédé 136. Vinyle de 30 cm.

Jazz Sebastien Bach par les Swingle singers. Le verso de la pochette.

Jazz Sebastien Bach par les Swingle singers. Agrandissement de la signature de l’imprimeur, version 1.

Jazz Sebastien Bach par les Swingle singers. Agrandissement de la signature de l’imprimeur, version 2. On a affaire ici à deux éditions différentes de la pochette. L’une collection personnelle, l’autre trouvée sur le Net.

Jazz Sebastien Bach par les Swingle singers. Détail en prise de vue rasante.

8 valses de Strauss. Collection personnelle. Vinyle de 25 cm.

8 valses de Strauss. Trouvé sur le Net. On s’aperçoit aisément, aux couleurs qui ne sont pas identiques, qu’on a affaire à deux éditions différentes de la pochette. On constate aussi que les ajouts au procédé 136 ont exactement la même forme, ce qui veut dire que les « matrices » du Procédé 136 créées pour la première édition ont été conservées pour des éditions suivantes. Mais on ne sait pas pour autant de quelle nature sont ces « matrices ».

8 valses de Strauss. Collection personnelle. Le verso de la pochette.

8 valses de Strauss. Le verso de la pochette de l’exemplaire du Net. On constate qu’on a bien affaire à deux éditions différentes.

8 valses de Strauss. Agrandissement de la signature de l’imprimeur.

8 valses de Strauss. Détail en prise de vue rasante.

8 valses de Strauss. Détail en prise de vue rasante.

8 valses de Strauss. Détail en prise de vue rasante.

12 valses de Strauss. Réédition du vinyle des valses de Strauss, avec quatre valses supplémentaires. Le disque n’est plus un 25 cm mais un 30 cm. Les « matrices » Procédé 136 de cette version 30 cm sont évidemment différentes de celles de la version 25 cm.

12 valses de Strauss. C’est Colombet qui a imprimé cette version augmentée des valses de Strauss. Signe qu’il n’y avait pas solution de continuité entre les deux imprimeurs.
Que dire de plus… Peut-être que ce petit billet vous aura donné envie d’en savoir plus sur le Procédé 136. Du moins plus que je n’en sais… et que ça vous aura donné envie d’aller chiner des pochettes procédé 136 sur les brocantes ou chez les disquaires d’occasion…
P.-S. : Il existe un procédé de soudure à l’arc nommé Procédé 136. Ils n’ont, on s’en doute bien, rien à voir l’un avec l’autre.
Tératologie livresque
Typo rurale
Typo des rues
Typo des bois
Proverbes
Pratique éditoriale
Pratique typographique
Post-concours
Outils
Nouvelles internes
Nouvelles externes
Mes maîtres
Livre
Lieux de convivialité
La photo du jour...
Impressions
Impression
Fourneau-Fornax
Contes et nouvelles
Concours
Bibliophilie
Art
Amis
Alphabet
|
Juillet 2026 | ![]() |
||||
| L | M | M | J | V | S | D |
| 01 | 02 | 03 | 04 | 05 | ||
| 06 | 07 | 08 | 09 | 10 | 11 | 12 |
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 |
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 |
| 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | ||
Fornax éditeur 18, route de Coizard, 51230 Bannes – France