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On dirait que la race humaine risque de devenir inutile... à part les valets de chambre, bien sûr !
L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
(vidéos)

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Chronologique

Des barbares...
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.

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Fourneau et Fornax

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Lorsqu’on est plus trop jeune, il n’est pas rare qu’on se souvienne de faits marquants qui sont arrivés lorsqu’on n’était, justement, pas encore sur la pente de la sénilité. Des faits solidement fixés dans une mémoire juvénile. Mais quand la mémoire prend de l’âge, on constate que la solidité vacille. Alors, pour ne pas prendre le risque de perdre ces moment mémorables et mémorisés, on se dépêche de les noter… pour éviter la peur de ne plus s’en souvenir quand arrive le moment fatidique de l’oubli définitif.
Dans ces moments de notation intense, on se dit que — finalement — l’existence n’est pas si mal faite que cela. Elle est logique. On naît neuf et jeune et — sauf accident — on meurt vieux et déglingué. On réfléchit au bazar que ce serait si la vie nous proposait le contraire, comme dans la chanson de Pierre Louki (vous ne comprenez pas la référence ? Cherchez donc sur votre moteur préféré, faut bien qu’il serve à quelque chose…) Oui, quel bazar ce serait si on naissait vieux et qu’on mourait jeune. On mourrait plein d’énergie, plein d’espoir, plein d’idées et de vitalité… et plein de regrets de devoir quitter la vie si jeune. Mais foin des idées sottes et grenues. Allons y Alonzo : Remembrance !
Comme beaucoup d’étudiants pas trop riches, en période estivale, à la fin des cours, j’ai cherché un petit boulot pour gagner quelques sous. Je me suis fait embaucher en tant que missionnaire dans une boîte d’intérim. J’ai précisé à la personne qui fournissait les missions que je ne voulais pas d’emploi de bureau car j’étais assis le reste de l’année à noter des cours, mais du travail concret. C’est ainsi que je suis devenu coupeur de tubes dans une usine de mécanique, magasinier dans une entreprise de pièces détachées (des pièces de quoi, je ne me souviens plus très bien, des pièces d’avions, il me semble), assembleur de feuilles de correction des manuels d’avion pour les pilotes d’Air France à Orly, laveur de cages d’animaux d’expérience chez Rhône Poulenc… Les missions proposées étaient d’une durée allant d’une semaine à deux mois. À la fin d’une de mes missions, on me proposa une autre mission de quinze jours chez Gestetner, à Ivry (ou à Vitry ?). J’ai accepté. J’avais décidé de ne rien refuser, sauf les emplois de bureau. Le jour dit, un lundi, à l’heure dite, 8 heures, je me présentais devant le responsable. Assis derrière son bureau, il me toisa, un peu étonné, et me posa la question : « Vous n’êtes pas sourd ? » Étonné, je lui répondis que non. Alors il m’expliqua en quoi allait consister mon travail. Casser à la masse des duplicateurs à stencils et des petites machines offset de bureau. La société Gestetner avait pris la décision, pour ne pas gêner son marché du neuf, de récupérer auprès de ses clients ses vieilles machines et de les détruire au moment de leur livrer le matériel neuf. On est en droit d’apprécier ou pas cette démarche. N’étant pas même un employé de Gestetner, je n’avais pas à prendre parti, mais je n’en pensais pas moins.
Après mon entretien, le responsable me conduisit dans l’atelier de destruction où s’entassaient des piles de machines. Il me présenta à mon collègue. Jeune, souriant, grand, mince, musclé… et sourd. C’est lui qui m’expliqua le travail ou plutôt qui me le mima en détruisant sous mes yeux, à grands coups de masse, un duplicateur qui ne lui avait rien fait. Je n’avais pas de casque anti-bruit, je compris immédiatement la nécessité d’être sourd. Entre temps, le responsable s’était esbigné dans son bureau, loin du bruit. Mon collègue me colla une autre masse entre les mains et me fit signe de commencer à œuvrer.
À la fin de la semaine, le responsable me convoqua dans son bureau. Il me fit asseoir et m’annonça que je n’allais pas revenir pour la deuxième semaine. Ce n’est pas que je travaillais mal, ni que j’y mettais de la mauvaise volonté mais ma carrure, genre ablette, n’était pas compatible avec le boulot assigné. Et je n’étais pas sourd ! Il allait parler en ce sens à ma boîte d’intérim afin que je ne sois pas pénalisé de n’avoir pas terminé ma mission.
J’étais déjà bricoleur, pas trop mauvais, à l’époque, et je n’ai pas pu m’empêcher de récupérer — Warnung: strengstens verboten! (Gestetner était une société allemande) — quelques pièces détachées, le soir, au moment de quitter le travail : ressorts divers et quelques rouleaux de caoutchouc. D’un caoutchouc particulièrement amoureux de l’encre… qu’on me pardonne ces menus larcins. L’un de ces rouleaux m’a servi à fabriquer un rouleau encreur à main. Le voici, je l’ai encore et il fonctionne bien :

Il ne travaille pas tous les jours mais il est encore vigoureux, malgré ses quarante-cinq années d’existence.
Casser des machines a été mon premier contact avec le monde de l’imprimerie. Je me suis rattrapé par la suite en restaurant tout le matériel qui me tombait sous la main. Modeste compensation. Après cet épisode, je suis entré comme élève à l’école Estienne, comme quoi, la destinée…
La semaine dernière, on a quitté notre Stanhope sur ses patins à roulettes. Ce n’a pas été une mince affaire de les lui ôter, ces satanés patins. Heureusement, on a été aidé par un couple d’amis dont les compétences n’ont eu d’égal que la modestie car ils n’ont pas souhaité qu’on fixe l’opération à l’aide d’images fixes ou d’images qui bougent. On a respecté. Il a fallu, pour déchausser notre presse, user de trois crics à vérin hydraulique, d’un certain nombre de planches et de pas mal de minutie.
Les pieds de la presse enfin fermement posés sur le sol de l’atelier, on a procédé ensuite mais seul — quoi de plus normal — à un débarbouillage en règle de la mignonne. Elle en avait bien besoin. Poussière et saletés s’étaient accumulés sur elle. Quelques images pour en témoigner.

Fermement posée mais franchement sale, la presse se trouve à son emplacement définitif non loin de la presse taille-douce d’atelier et de ses consœurs plus jeunes, les Vandercook.

On ne s’en rend pas trop compte car elle est noire, sauf sur la platine où des traces de doigts révèlent le dépôt de poussière, mais elle a besoin d’un bon entretien.

Vue de l’autre côté.

La platine en gros plan, très poussiéreuse.

Le seau et les éponges du nettoyage. Au bout de deux ou trois rinçage d’éponge, l’eau ne semble plus trop transparente…

Enfin propre ! Non seulement lavée mais aussi huilée (pour la vis et les parties mobiles liées à la platine et au barreau), et graissée (pour les rails qui permettent au châssis de passer de la position d’encrage à celle d’impression).

Vue de derrière. Le poids suspendu au premier plan sert à faire revenir le barreau à sa position de repos.

Vue de devant. Au premier plan : les rails.

Les parties en laiton et en bronze ont été astiquées. C’est plus joli quand ça brille !

La plaque, sur une machine à imprimer, c’est un peu comme le nom de l’auteur sur la couverture d’un livre : la signature d’une œuvre. Et là, il y a toutes les raisons d’en être fier.

Vue de trois-quarts. Derrière, la bibliothèque technique.

La manivelle (sur la gauche) a été tournée. Le châssis et le marbre sont sortis en position d’encrage.

Le tympan est relevé, on voit le marbre, nu, sans aucun châssis.

Le marbre avec un châssis posé dessus.
L’entretien est terminé. Il va falloir procéder aux premiers essais d’impression et peut-être à quelques réglages. On verra ça plus tard…
— Ça y est, elle est arrivée…
— Qui ?
— Pas qui : quoi ! La presse Stanhope !…
— Et alors ?
— Alors, son arrivée n'a pas été aussi simple que ça… Si sa montée sur le camion plateau n'a posé aucun problème grâce à l'élévateur de l'imprimerie où elle décorait l'entrée, en somnolant depuis quelques années après avoir été très active ; si le voyage s'est déroulé sans encombre ; l'arrivée à son emplacement définitif dans l'atelier n'a pas été de tout repos. Description en images fixes et en images qui bougent. Le « reportage » est dû à Catherine Chauvel.

Le CLS au portail d'entrée pour accueillir le camion plateau et son conducteur… et la Stanhope.
Arrive un troisième compère, au volant de son grand Manitou pour porter la Stanhope à bout de fourches jusqu'à l'entrée de l'atelier, en passant par le jardin. Une petite pente est à monter. Inquiétude du CLS…
Le Manitou, la Stanhope en l'air, arrive à la porte de l'atelier.
L'arrivée triomphante ; la Stanhope semble être légère comme une gazelle. Elle flotte… Comme elle semble aimer l'exercice physique, on lui met des patins à roulettes. Contrairement aux bipèdes… qui n'ont que deux pieds, elle en a quatre, donc quatre patins à trois roues pour traverser l'atelier. Faut ce qu'il faut.

La fixation des patins à roulettes à l'aide de sangles.

Posée sur se patins, la Stanhope tente d'évoluer gracieusement sur le sol lisse mais — sans vouloir être désobligeant envers elle — son poids ne l'avantage guère dans ses évolutions.

Vexée quelque peu, elle décide de faire du sur place… au grand dam des bipèdes qui l'entourent.
Les trois bipèdes se sentent alors obligés de l'aider dans ses déplacements jusqu'à son emplacement définitif.
Elle est arrivée mais il va falloir, maintenant que les exercices physiques sont terminés, lui ôter ses patins à roulettes. Ce qui représente une deuxième partie des aventures de miss Stanhope chez Fornax…
Il y a des jours où on lève les yeux au ciel parce qu'on est exaspéré de le voir si immuablement bleu, un bleu factice qui nous cache, à nous — bipèdes ordinaires ou extraordinaires — la noirceur, l'obscurité, de l'infini qui nous entoure. Mais il y a les nuits, les nuits où l'obscurité éclate au grand jour, profonde, intense, oppressante, comme un écran de papier noir percé, on ne sait pourquoi, de milliers de trous d'aiguilles.
À quoi ça rime cette alternance immuable de bleu et de noir ? À quoi ça sert ? À découper en fines tranches nos existences que nous croyons continues ?
ou la typo de la Nature ?
— Oui, alors c’est dit…
— Heu… Qu’est-ce qui est dit… Je ne suis pas…
— Tu as des difficultés à me suivre, ou bien est-ce que tu n’existes pas ?
— Peu importe. Explique. Qu’est-ce qui est dit ?…
— C’est dit que ce n’est pas parce qu’on aime la typographie, et les machines à imprimer, et les techniques de l’imprimerie qu’on n’aime pas la Nature. Avec un grand N.
— Tu peux dire : « Avec une capitale initiale », ça va mieux faire couleur locale…
— Si tu veux, mais réponds à ma question…
— Pas d’incompatibilité — du moins pour moi — entre l’intérêt que je porte à la typographie et la satisfaction qui est mienne lorsque mon regard se pose sur la Nature (avec une capitale). Nous ne sommes pas dans le même registre… Quoique… quoique…
— Ça veut dire quoi ton « quoique » ?
— Ça veut dire que, parfois, les deux peuvent être intimement mêlés…
— … Comprends pas…
— Faut tout t’expliquer, à toi !…
— Bah…
— Tiens, regarde cette photo. La Nature nous donne une leçon de typo…

Arbres alphabétiques.
— Oui… ce sont des arbres… ils ont une forme bizarre…
— Tu ne vois pas que dans leur partie haute, ils forment un V et un i et dans leur partie inférieure un X et un Y ?
— Heu, si, peut-être…
— Comment « peut-être… ». C’est évident, non ?
— Heu…
— Tu crois « peut-être… » que c’est un photo-montage ? Alors, si tu doutes, je peux t’affirmer que ces arbres sont au bord de la route qui conduit à Quiberon, sur la presqu’île. Tu n’a qu’à y aller voir… pour vérifier.
— Si, si, je te crois…
— Bien. Et en les regardant d’une autre manière, en négligeant la branche fluette qui est à droite du Y, on peut lire vi et XI, ce qui, en chiffres romains, fait 6 et 11. On a, à la fois, avec ces arbres, des lettres et des nombres. Pas mal, la végétation ; pas mal, la Nature…
— Si tu le dis…
— Bon, là on est dans le sauvage, mais on peut faire aussi dans l’apprivoisé.
— C’est-à-dire ?…
— On peut s’intéresser à la végétation où la main de l’homme a mis le pied.
— Ah ?
— Oui, tiens, regarde…

Charleville.
— Laisse-moi deviner tout seul. C’est un massif dans une ville qui s’appelle Charleville. Mais ta photo, elle est pourrie, parce qu’on ne voit pas bien le CH du début. Et puis, c’est trop petit.

Ville.
— Et là, c’est encore trop petit ?
— Non… mais j’aurais préféré voir Charle… T’en a d’autres, des photos comme ça ?
— Ben oui…

Bouy.
— Et en plus, ici, t’as un vieux coucou…
— Je vois… rien d’autre ?
— Si, mais tu vas encore dire que c’est top petit.

Linthelles.
— T’as raison, c’est trop petit…
— Rien d’autre à dire ?
— Si, tu aurais pu te rapprocher.
— D’accord, mais quand je me rapproche trop, on lit pas bien… la preuve… je suis obligé de m’y prendre à deux fois.

St Siméon.

St Siméon.
— Ouais…
— Mais quand le nom est plus court, ça va.

Pleurs.
— T’as rien de plus gai que ces pleurs ?
— Si…

Gaye.
— … C’est un peu enchâssé, mais c’est plus gaye, non ?
— Ha, ha ! Est-il drôle ! Je ris à gorge dévoyée ! Mais je trouve un peu lassant tous ces noms avec, à chaque fois, les mêmes buissons de verdure… Tu n’as rien d’autre ?

Marnay.
— Ça te va, ça ?
— Moui… Tu n’as rien de moins orange ?…
— Pfff…
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