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notice technique
Couples singuliers : deux entités de nature différente. Une photographie et un texte littéraire. Le texte tisse un lien de couple entre la photographie et lui.
Origine : une photographie. Prise un 1er janvier, elle a généré l’envie d’y accoler un texte entre le commentaire et l’évocation littéraire. Puis une idée : recommencer le même processus pour tous les jours d’une année.
Photographies : aucune tricherie. Elles ont toutes été prises le jour annoncé et n’ont été ni recadrées ni retouchées. Une dizaine d’entre elles a subi un léger rééquilibrage de la lumière et du contraste.
Textes : volontairement variés. Ils sont courts et n’existeraient pas sans la photo. Ils sautent du commentaire à la notation poétique, du poème au récit, de la nouvelle express au rapport de police, du journal intime au fragment théâtral, du dialogue au monologue intérieur, de la comptine au compte-rendu, du médaillon au règlement administratif. Ils glissent du rire à l’ironie, de la révolte au ravissement, du sérieux à l’étrange, de l’absurde au tragique, du vulgaire au policé. Quelques invités disséminent leur prose ou leurs vers dans cet ensemble : D. A. F. de Sade (30 avril), Théophile Gautier (6 juin), Jacques Abeille (27 septembre), Claude Nougaro (7 décembre), Victor Hugo (16 décembre), « Star Trek » (20 décembre).
Liens : élémentaires mais aussi horizontaux. Certaines thématiques transversales unissent des textes les uns aux autres et créent des sous-ensembles distincts. Le plus patent est celui des petits métiers de la rue. Un autre est identifiable quoique non nommé : les médaillons d’amis ; d’autres sont plus diffus comme celui qui regroupe les peintres du ciel, l’attrapeur de nuages, etc.
Christian Soulignac
Remerciements : Armelle Domenach. Son œil perçant, sa ténacité impitoyable et sa bonne humeur persistante. Sa façon détournée et efficace d’obliger à l’amélioration du texte lorsqu’elle lui semble possible.
Réflexion post-opératoire : L'acte photographique nuit à l’appréhension ordinaire du quotidien. La volonté d’obtenir la belle image finit par primer sur l’intelligence ou la sensibilité du regard. Celui-ci est détourné de sa fonction première de lien vers l’extérieur, pour n’être plus qu’un moyen d’obtenir la photographie. Le photographe ne vit plus l’instant ; son cerveau analyse et suppute en temps réel le bon cadre, le bon moment, celui qui est original, intéressant, sensible ou insolite, et il commande à l’index. Tendu par une quête de qualité, l’esprit du photographe ne se souvient plus du vécu – bruits, odeurs, sensations de l’univers autour du cadre – quand, plus tard, il revoit son image. Seul lui reste le rectangle photographique. C’est de ce mensonge que naîtra le texte.
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