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L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.

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(il était temps !)
Quelle que soit la périodicité des billets que l’on passe sur un blog, même lorsqu’on la réduit drastiquement comme je l’ai fait en changeant d’année, se pose toujours la question du sujet qu’on va aborder. Va-t-il être à la hauteur des attentes du lectorat ? Ne va-t-il pas provoquer son ire ou son dégoût ? Le lectorat-dégoût est ce qu’il y a de pire. Bien pis que l’ire. Incidente : « Tiens ! Si un jour — sait-on jamais — j’adopte un rat d’égout comme animal de compagnie, je l’appellerai Lecto. » Fin de l’incidente.
Donc, en me levant ce matin, je m’apprêtais à vous parler d’une casse revisitée dont j’avais trouvé les références sur le Net à provisions… mais — joie ineffable ! — une carte postale venue de l’autre bout du monde (est-ce que notre monde a un bout, étant donné qu’il est plus ou moins sphérique ?… Heu, avec cette dernière interrogation, vous avez la confirmation que je ne suis pas platiste.)… Une carte postale venue de Taïwan plus précisément qui m’offre un sujet bien plus passionnant que l’histoire de ma casse (Je vous la resservirai peut-être la semaine prochaine si je ne trouve pas mieux.) tirée de mon filet à shopping.
La carte a été envoyée par l’ami Victor Thibout (je n’ai jamais pensé à demander à Victor s’il était de la même famille que Guillaume Thiboust, éditeur, imprimeur, typographe qui produisait au milieu du 16e siècle). Si je ne sais pas grand chose au sujet de Guillaume, j’en sais un peu plus au sujet de Victor. Il est sinophone (il parle mandarin et lit et écrit le chinois), anglophone, francophone et un peu suédophone, mais surtout il s’intéresse de près à la typographie traditionnelle dans les pays asiatiques (Chine continentale, Taïwan, Japon, Corée…) et c’est à ce sujet qu’il m’a envoyé sa carte. D’ailleurs, sa carte, la voici, du moins son recto :

Comme on le constate, il s’agit de l’énumération des différents glyphes d’une police de caractères. Elle est due au typographe japonais contemporain Akira Kobayashi qui l’a créée en 2025 et l’a nommée AK Renaissance. Là, je n’étale pas ma science, c’est tout écrit dessus en bleu pâle. Akira Kobayashi a, comme tous les créateurs de caractères contemporains, créé sa fonte sur un ordinateur. Jusque là, rien de spectaculaire, rien de bien étonnant, rien que du normal en 2025 ou 2026. Mais attendez la suite !…
Kobayashi a passé sa fonte à la fonderie de caractères (plomb) taïwanaise Rixing, à Taïpei, dirigée par M. Chang Chieh-kuan. La fonderie Rixing est la dernière à fondre des caractères en chinois non simplifié.

Monsieur Chang dans une casse de chinois de sa fonderie en 2019. Chaque petit compartiment vertical contient quelques exemplaires d’un idéogramme différent. On peut constater qu’une casse de chinois est quelque peu plus volumineuse qu’une casse de français. La photo a visiblement été prise au fish-eye, ce qui explique la courbure de la casse. Pour les bipèdes dont la curiosité est insatiable et qui voudraient en savoir plus, en français par-dessus le marché, voici un lien en direction d’un article sur sa fonderie, ici.
J’ai eu la chance de rencontrer M. Chang lors d’une tournée des endroits où l’on pratiquait encore la typo plomb en Europe de l’ouest ; tournée organisée par Victor Thibout.

On le voit ici pendant le repas qui clôturait la visite de l’atelier Fornax à Bannes, visite pendant laquelle on lui a fondu son nom (en français) avec la vieille Ludlow, comme il se doit. Il est au fond. À sa gauche sur la photo, Victor Thibout, à sa droite, votre serviteur. Au premier plan à droite, Jacques Driot qui avait créé la Maison de l’Imprimerie à Rebais. Voir ici.
Mais revenons-en à notre sujet. Akira Kobayaski confie sa fonte à Chang Chieh-kuan qui, dans sa fonderie, à partir des fichiers, fabrique des matrices typographiques en cuivre de chaque glyphe à l’aide d’un pantographe spécialisé.
Les matrices ont été rapatriées au japon, à la fonderie typographique Tsukiji, à Tokyo, pour servir à une fonte, qui — entre autres impressions, on l’imagine — a servi à imprimer la carte postale envoyée par Victor Thibout. Car — tout le monde l’aura compris, sauf peut-être le seul lecteur un peu bête qui suit ce blog — la carte postale a été imprimée en typo plomb ! Oui !… en typo plomb…
Une page en anglais sur la fonderie Tsukiji, ici. Et vous aurez accès à des vidéos sur la fonderie en saisissant 東京築地活字鋳物工場 dans la barre de recherche de YouTube. Pour une fois que ce ne sera pas des vidéos de petits chats, vous allez vous culturationner…
L’essentiel des informations qui précèdent, à l’exception des liens proposés, est dû à Victor, qui me les a confiées au verso de la carte.
Que dire de plus… Tout d’abord que le dessin de cette fonte est très beau. C’est une Garalde contemporaine qui doit donner au texte composé avec elle un gris moyen très subtil. On voit sur la carte des capitales en romain, des bas de casse et des ligatures en italique. Elle est donc dupliquée romain et ital. Souhaitons que cette fonte possède aussi des lettres accentuées, ce qui pourrait lui permettre d’être utilisée par d’autres langues que l’anglais…
On peut ajouter, pour terminer, que cette technologie qui passe du numérique au plomb pourrait être à l’origine d’un regain d’intérêt pour la typo plomb. Une typographie traditionnelle qui, on le dit et on le répète à qui veut l’entendre, ne nécessite pas obligatoirement lors de sa pratique, l’usage de l’électricité, et qui — sauf pendant la fontes des caractères — n’est pas polluante (seul le bout des doigts se salit, et encore, rien qu’un bon savon ne combat efficacement) et surtout qui produit des objets pérennes dans le temps et dans l'espace (la B42 a 575 ans et se porte bien encore). Qu’en sera-t-il dans quelques siècles des disques durs qui constituent le « cloud » contemporain et qui consomment en permanence une énergie considérable ? La typographie au plomb pourrait peut-être redevenir la solution la plus simple et la plus économique pour transmettre nos écrits aux générations futures, si nous sommes suffisamment intelligent pour ne pas tout bousiller avant, bien entendu.
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