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Fourneau et Fornax

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Typographie
est un éditeur artisan établi en Champagne (dans le petit village de Bannes)
qui a aussi eu pendant 26 ans un atelier en Île de France (dans le petit village de Paris),
mais ne l'a plus.
L'atelier de Bannes.
de Gutenberg & Compagnie

Comme tous les ans à la même époque, Gutenberg & Compagnie ouvre ses portes aux curieux adultes et aux curieux enfants qui veulent savoir comment on fabrique des livres de façon traditionnelle ou comment on les relie. Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas ou qui l'auraient oublié, Gutenberg & Compagnie est constitué de deux ateliers, l'atelier Fornax de Christian Laucou qui conçoit, édite et imprime des livres dans des techniques traditionnelles ou artistiques (typographie au plomb, taille-douce, sérigraphie) et l'atelier de reliure de Catherine Chauvel, meilleur ouvrier de France.
Catherine Chauvel explique les différentes étapes de la reliure, montre les différentes sortes de reliures ainsi que ses réalisations personnelles, des plus modestes aux plus prestigieuses. Christian Laucou présente les différentes techniques d'impression dont il dispose dans son atelier, explique son travail de concepteur de livres... et vend ses créations éditées sous le nom de Fornax éditeur... à qui est intéressé.
En raison des escaliers qui conduisent aux ateliers, les visites ne sont pas possibles aux personnes à mobilité réduite sans aide pour les porter ni accompagnement. Nous le regrettons.
ou Comment justifier son composteur
Ce petit billet s’adresse à ceusses et celles que la typographie traditionnelle au plomb (mobile) intéresse ; ceusses et celles qui voudraient la pratiquer mais qui ne savent pas trop par où commencer. Car faut bien commencer un jour si l’on veut se lancer dans une activité quelconque, et faut bien intégrer les notions de base dès ce début, comme ça on n’a plus à y revenir, c’est assimilé et on peut passer à plus complexe ou plus intéressant.
On part du principe, quand même, que l’attrape-science à qui s’adresse ce billet (oui, même toi, au fond, l’hurluberlu qui fait semblant de ne pas écouter…), sait ce qu’est un composteur, une interligne, un lingot ou garniture, une casse parisienne ou non, et un cadratin… et qu’il a plus qu’une vague idée de la réalité des choses qui sa cachent derrière ces mots.
Allez, on commence. Lorqu’on veut composer un texte à la main, en typo traditionnelle, il faut user de l’instrument indispensable à toute composition : le composteur. C’est dans le composteur que l’on crée le texte en assemblant un à un les petits blocs de plomb porteurs d’une lettre, d’un signe ou d’un blanc qui vont former les lignes du texte. Mais ces lignes ont une longueur déterminée et il faut régler le composteur à cette longueur, une bonne fois pour toutes tant que la composition du texte n’est pas achevée. Il existe plusieurs méthodes pour régler le composteur. Employons un vocabulaire plus professionnel : il existe plusieurs méthodes pour justifier le composteur. On va les voir toutes, du moins toutes celles qu’on connaît (s’il en existe d’autres encore oncques on ne nous les a apprises), dans notre ordre de préférence.

On prend en main un composteur, le premier que l’on trouve si l’on en a plusieurs, ou le plus adapté à la composition que l’on souhaite réaliser ; le seul que l’on a si l’on n’en possède qu’un et on en libère la partie mobile afin qu’elle puisse coulisser. Ici on a affaire à un composteur à levier en aluminium. Il en existe d’autres en maillechort (plus solides) ou en fer (qui peuvent rouiller). Et d’autres encore dont le système de blocage est à vis. Celui-ci est en aluminium, à levier, et léger. C’est son droit.
Justification à l’arrache

On prend un paquet d’interlignes, peu importe le nombre exact, de la longueur souhaitée (ici, des interlignes de 15 douzes) et on le place dans le composteur contre sa partie fixe. On rapproche la partie mobile pour serrer le paquet d’interlignes. On serre bien, et on abaisse le levier pour bloquer la justification.

Le tour est joué, il ne reste plus qu’à sortir les interlignes et à commencer la composition. Cette méthode a l’inconvénient d’être peu précise, surtout si les interlignes n’ont pas été coupées à une dimension très exacte ce qui est souvent le cas. Elle a l’avantage toutefois d’être rapide.
Justification à l’ancienne

Il faut disposer d’une casse de caractères de corps 12 dont le cassetin des cadratins est bien rempli. Si la casse de corps 12 n’a pas suffisamment de cadratins pour procéder à la justification, on peut se débrouiller autrement. On va voir ça plus bas.
|
interlude Un petit rappel, surtout pour çui là-bas au fond qui fait semblant de dormir, sur les mesures en typographie traditionnelle. Les mesures typographiques de longueur encore en usage de nos jours en typographie traditionnelle (ou typographie au plomb) sont illégales en France depuis le 21 janvier 1983 où l’Afnor (Association française de normalisation) a décrété que l’unité de mesure légale en typographie était le millimètre. Elle avait légalisé auparavant — le 26 décembre 1978 — le point Didot (du nom de son inventeur) comme unité de mesure en typographie. Se rendant compte de sa bévue, elle revint sur sa décision quelques années plus tard car le point Didot né des mesures de l’Ancien Régime (le pouce royal) n’était en rien lié au mètre, seule unité de mesure légale pour la longueur dans le système international (SI). Le mètre fait même partie des quatre mesures fondamentales du système : mètre, kilogramme, seconde, Ampère. C’est en point Didot (un point équivaut à 0,373 mm) qu’est conçu et réalisé le matériel typographique traditionnel encore de nos jours, du moins en Europe qui a globalement adopté le point Didot. Le monde typographique anglo-saxon a, lui, depuis le 19e siècle, adopté le point pica plus ou moins dérivé du pouce impérial anglais. Ce qui fait qu’en France, depuis la décision de l’Afnor du 21 janvier 1983, tous les typographes traditionnels sont dans l’illégalité la plus totale et s’en réjouissent. Vive la rébellion, vive le point Didot ! Le multiple du point Didot s’appelle le cicéro ou le douze, et il vaut 12 points Didot, d’où le second de ses deux noms. |
Les justifications des lignes, sauf dans des cas très particuliers, se font sur un nombre entier de douzes. Dans une casse de corps 12, les cadratins mesurent 1 douze de haut (le corps) et 1 douze de large (la chasse) on peut donc les utiliser pour justifier un composteur.

Il suffit d’en assembler le nombre choisi pour obtenir la justification. Pour une justification de 15 douzes, on en assemblera donc 15.

Les 15 cadratins sont placés dans le composteur…

… il suffit alors de rapprocher la mâchoire mobile pour les serrer, et de descendre le levier pour bloquer la justification. Mais il se peut qu’on ne dispose pas de suffisamment de cadratins pour procéder à la justification. Qu’à cela ne tienne. On utilise alors des m en les couchant sur le côté et l’on procède de même.
Justification à l’aide de lingots
Les lingots (ou garnitures) qui servent à créer les marges autour des pavés de texte sont fondus de manière très précise. Ils sont fondus naturellement en douzes en largeur (1, 2, 3, 4, 6, 8, 10 douzes) et sont coupés à la scie tout aussi précisément en longueur (4, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 15, 20, 25, 30, 35, 40, 45, 50, 60 douzes). Pour justifier le composteur, on placera les lingots en se servant de leurs largeur (on choisira une longueur qui entre dans le composteur sans déborder). Si l’on en possède, les lingots en aluminium sont à préférer. Ils ne se déforment pas s’ils ont le malheur de tomber par terre et ne risquent donc pas de fausser la justification du composteur.

Pour justifier sur 15 douzes, dans le cas présent, on a pris des lingots de 7 douzes de hauteur pour qu’ils ne dépassent pas du composteur. 3 lingots de 4 douzes de largeur et 1 lingot de 3 douzes de largeur (4 + 4 + 4 + 3 = 15).

On rapproche la mâchoire mobile, on serre, et on bloque avec le levier. Ne reste plus qu’à ranger les lingots dans le lingotier.

Une variante de cette méthode consiste à introduire un petit morceau de papier ordinaire 80 g entre deux lingots. La justification est ainsi imperceptiblement plus grande. Cela permet, lorsqu’on serre une forme d’impression utilisant des interlignes qui ne sont pas toutes à la bonne dimension, de serrer sur les lignes de caractères et non pas sur les interlignes qui seraient un peu trop longues.
C’est fini, les trois méthodes sont exposées. À apprendre par cœur. Interrogation écrite la semaine prochaine, bandes d’arpètes, bandes d’attrape-science !
ou Comment justifier son composteur
Ce petit billet s’adresse à ceusses et celles que la typographie traditionnelle au plomb (mobile) intéresse ; ceusses et celles qui voudraient la pratiquer mais qui ne savent pas trop par où commencer. Car faut bien commencer un jour si l’on veut se lancer dans une activité quelconque, et faut bien intégrer les notions de base dès ce début, comme ça on n’a plus à y revenir, c’est assimilé et on peut passer à plus complexe ou plus intéressant.
On part du principe, quand même, que l’attrape-science à qui s’adresse ce billet (oui, même toi, au fond, l’hurluberlu qui fait semblant de ne pas écouter…), sait ce qu’est un composteur, une interligne, un lingot ou garniture, une casse parisienne ou non, et un cadratin… et qu’il a plus qu’une vague idée de la réalité des choses qui sa cachent derrière ces mots.
Allez, on commence. Lorqu’on veut composer un texte à la main, en typo traditionnelle, il faut user de l’instrument indispensable à toute composition : le composteur. C’est dans le composteur que l’on crée le texte en assemblant un à un les petits blocs de plomb porteurs d’une lettre, d’un signe ou d’un blanc qui vont former les lignes du texte. Mais ces lignes ont une longueur déterminée et il faut régler le composteur à cette longueur, une bonne fois pour toutes tant que la composition du texte n’est pas achevée. Il existe plusieurs méthodes pour régler le composteur. Employons un vocabulaire plus professionnel : il existe plusieurs méthodes pour justifier le composteur. On va les voir toutes, du moins toutes celles qu’on connaît (s’il en existe d’autres encore oncques on ne nous les a apprises), dans notre ordre de préférence.

On prend en main un composteur, le premier que l’on trouve si l’on en a plusieurs, ou le plus adapté à la composition que l’on souhaite réaliser ; le seul que l’on a si l’on n’en possède qu’un et on en libère la partie mobile afin qu’elle puisse coulisser. Ici on a affaire à un composteur à levier en aluminium. Il en existe d’autres en maillechort (plus solides) ou en fer (qui peuvent rouiller). Et d’autres encore dont le système de blocage est à vis. Celui-ci est en aluminium, à levier, et léger. C’est son droit.
Justification à l’arrache

On prend un paquet d’interlignes, peu importe le nombre exact, de la longueur souhaitée (ici, des interlignes de 15 douzes) et on le place dans le composteur contre sa partie fixe. On rapproche la partie mobile pour serrer le paquet d’interlignes. On serre bien, et on abaisse le levier pour bloquer la justification.

Le tour est joué, il ne reste plus qu’à sortir les interlignes et à commencer la composition. Cette méthode a l’inconvénient d’être peu précise, surtout si les interlignes n’ont pas été coupées à une dimension très exacte ce qui est souvent le cas. Elle a l’avantage toutefois d’être rapide.
Justification à l’ancienne

Il faut disposer d’une casse de caractères de corps 12 dont le cassetin des cadratins est bien rempli. Si la casse de corps 12 n’a pas suffisamment de cadratins pour procéder à la justification, on peut se débrouiller autrement. On va voir ça plus bas.
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interlude Un petit rappel, surtout pour çui là-bas au fond qui fait semblant de dormir, sur les mesures en typographie traditionnelle. Les mesures typographiques de longueur encore en usage de nos jours en typographie traditionnelle (ou typographie au plomb) sont illégales en France depuis le 21 janvier 1983 où l’Afnor (Association française de normalisation) a décrété que l’unité de mesure légale en typographie était le millimètre. Elle avait légalisé auparavant — le 26 décembre 1978 — le point Didot (du nom de son inventeur) comme unité de mesure en typographie. Se rendant compte de sa bévue, elle revint sur sa décision quelques années plus tard car le point Didot né des mesures de l’Ancien Régime (le pouce royal) n’était en rien lié au mètre, seule unité de mesure légale pour la longueur dans le système international (SI). Le mètre fait même partie des quatre mesures fondamentales du système : mètre, kilogramme, seconde, Ampère. C’est en point Didot (un point équivaut à 0,373 mm) qu’est conçu et réalisé le matériel typographique traditionnel encore de nos jours, du moins en Europe qui a globalement adopté le point Didot. Le monde typographique anglo-saxon a, lui, depuis le 19e siècle, adopté le point pica plus ou moins dérivé du pouce impérial anglais. Ce qui fait qu’en France, depuis la décision de l’Afnor du 21 janvier 1983, tous les typographes traditionnels sont dans l’illégalité la plus totale et s’en réjouissent. Vive la rébellion, vive le point Didot ! Le multiple du point Didot s’appelle le cicéro ou le douze, et il vaut 12 points Didot, d’où le second de ses deux noms. |
Les justifications des lignes, sauf dans des cas très particuliers, se font sur un nombre entier de douzes. Dans une casse de corps 12, les cadratins mesurent 1 douze de haut (le corps) et 1 douze de large (la chasse) on peut donc les utiliser pour justifier un composteur.

Il suffit d’en assembler le nombre choisi pour obtenir la justification. Pour une justification de 15 douzes, on en assemblera donc 15.

Les 15 cadratins sont placés dans le composteur…

… il suffit alors de rapprocher la mâchoire mobile pour les serrer, et de descendre le levier pour bloquer la justification. Mais il se peut qu’on ne dispose pas de suffisamment de cadratins pour procéder à la justification. Qu’à cela ne tienne. On utilise alors des m en les couchant sur le côté et l’on procède de même.
Justification à l’aide de lingots
Les lingots (ou garnitures) qui servent à créer les marges autour des pavés de texte sont fondus de manière très précise. Ils sont fondus naturellement en douzes en largeur (1, 2, 3, 4, 6, 8, 10 douzes) et sont coupés à la scie tout aussi précisément en longueur (4, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 15, 20, 25, 30, 35, 40, 45, 50, 60 douzes). Pour justifier le composteur, on placera les lingots en se servant de leurs largeur (on choisira une longueur qui entre dans le composteur sans déborder). Si l’on en possède, les lingots en aluminium sont à préférer. Ils ne se déforment pas s’ils ont le malheur de tomber par terre et ne risquent donc pas de fausser la justification du composteur.

Pour justifier sur 15 douzes, dans le cas présent, on a pris des lingots de 7 douzes de hauteur pour qu’ils ne dépassent pas du composteur. 3 lingots de 4 douzes de largeur et 1 lingot de 3 douzes de largeur (4 + 4 + 4 + 3 = 15).

On rapproche la mâchoire mobile, on serre, et on bloque avec le levier. Ne reste plus qu’à ranger les lingots dans le lingotier.

Une variante de cette méthode consiste à introduire un petit morceau de papier ordinaire 80 g entre deux lingots. La justification est ainsi imperceptiblement plus grande. Cela permet, lorsqu’on serre une forme d’impression utilisant des interlignes qui ne sont pas toutes à la bonne dimension, de serrer sur les lignes de caractères et non pas sur les interlignes qui seraient un peu trop longues.
C’est fini, les trois méthodes sont exposées. À apprendre par cœur. Interrogation écrite la semaine prochaine, bandes d’arpètes, bandes d’attrape-science !
Ça fait trois jours que dans ma petite région, on n’a plus d’Intermouettes. Trois jours ! Une éternité pour bon nombre. Je ne me suis pas renseigné mais il doit y avoir certains bipèdes par ici qui sont au bord du suicide. Surtout chez les trente ans et moins. J’en mettrai à couper une partie de mon anatomie… tiens, disons… mon oreille, pour faire comme Vincent ! J’ai besoin du reste pour continuer à bosser.
Qu’est-ce qu’on peut faire sans intermouettes de nos jours, à part déprimer dans le noir ou organiser ses petites tentatives de suicide raté ? Aller faire ses courses, par exemple. J’y suis allé ce matin parce que le frigo, sans être totalement vide n’était pas vraiment plein. Arrivé à la caisse, la gentille caissière me dit :
— On prend pas les cartes, on n’a plus d’Intermouettes ! C’est liquide ou chèque. Et si vous voulez de l’essence, c’est pas possible, on n’a plus d’Intermouettes…
Payer par chèque ! Reusement que comme tous les vieillards pré-séniles je me trimballe avec mon chéquier sur moi, vieille habitude. Une éternité que je ne l’avais pas sorti de ma poche. Ça se fait plus ce genre de trucs, les chèques… Même que les banques depuis quelques années envisagent de les supprimer, les chèques. Parce que ça leur coûte des sous, les chèques, puisqu’elles font fabriquer les chéquiers et qu’elles les donnent à leurs clients, les chéquiers. Oui, elles les donnent ! Vous vous rendez compte, elles les donnent les chéquiers. Elles les donnent ! Et elles perdent de l’argent en les donnant, et c’est contre nature que les banques perdent de l’argent puisqu’elles ont été inventées pour en gagner, de l’argent, avec l’argent qu’on leur donne. Enfin, on ne leur donne pas, on le leur confie et elles gagnent leur argent avec notre argent. Les banques, c’est le seul secteur économique qui ne produit rien, sauf de l’argent avec de l’argent. On pourrait envoyer toutes les banques et tous les banquiers sur la lune, ils pourraient se débrouiller entre eux pour gagner de l’argent, et nous, sur terre, on en reviendrait au troc… Bon, j’arrête là. Je pourrais en tartiner encore des pages et des pages mais on n’est pas là pour ça.
Donc, plus d’Intermouettes, pas un rézal social qui fonctionne, plus la possibilité d’acheter en ligne et surtout plus de petits chats sur YouTube… Gravissime !
Qu’est ce qu’on peut faire d’autre que faire ses courses quand on n’a plus d’Intermouettes ? On pourrait aller dehors et cultiver son jardin, comme Pangloss, encore faut-il avoir un jardin et aimer jardiner. Ou alors, on pourrait faire de la typographie au plomb dans son atelier de typographie au plomb. Pas besoin d’Intermouettes pour faire de la typographie au plomb. Même pas besoin d’électricité, souvent, pour faire de la typographie au plomb. C’est naturel, le plomb. C’est sain, le plomb. C’est écologique et c’est économe d’énergie, le plomb… et ça protège des radiations atomiques. Du moins, c’est économe d’énergie qu’on paye, pas d’énergie bipédique. Car il en faut de cette énergie-là avec la typographie au plomb. Car c’est lourd, le plomb.
Alors je suis dans mon atelier, sans Intermouettes, je tripote quelques bouts de plomb, histoire de me mettre en train, quand… sous mes yeux… et sous une petite pile de paperasse d’essais et d’objets qui n’ont rien à faire sur elle, j’aperçois une cisaille. Une cisaille que j’avais achetée voici bien longtemps, dans les années 1980, aux puces de Vanves, si je me souviens bien. Mais peut-être que je ne me souviens pas bien, car je ne suis pas sûr que c’était aux puces de Vanves. Cette cisaille, je ne l’avais pas achetée très cher, pour deux raisons. La première, parce que mon vendeur voulait s’en débarrasser, histoire de ne pas la ramener chez lui, parce qu’elle pèse son poids ; la deuxième parce qu’elle n’était pas complète. Il lui manquait sa presse. Et la presse est indispensable pour maintenir le carton ou le papier en place pendant qu’on le coupe. Sans elle, très gros risque de couper en courbe ou de travers.
Une cisaille de la marque Spid, une bonne marque. Les cisailles Spid sont généralement peintes en gris. Le gris, c’est de bon ton, c’est neutre, ça fait bien dans un atelier. La mienne était bleue, repeinte dégueulassement en bleu layette par un sagouin. Pendant des années je l’ai laissée comme ça, bleue, avec une presse bricolée à la va-comme-je-te-pousse à l’aide de d’une bande de polyéthylène que je pressais de la main gauche pendant que je coupais avec la droite. Mais ce bricolage n’était pas efficace et il m’arrivait de couper en courbe ou de travers. J’ai fini par ne plus l’utiliser et je l’ai remisée dans un coin jusqu’à l’été dernier où j’ai décidé de la restaurer pour lui donner une seconde jeunesse. Je l’ai démontée entièrement, je l’ai décapée, j’ai viré l’épouvantable peinture bleue en mettant le métal à nu, et je l’ai repeinte. En noir. Avec du rouge pour le poids et pour la poignée. Noir et rouge. La classe ! Mais toujours pas de presse… En la voyant dans mon atelier, depuis, à chaque fois, je pestais intérieurement en me disant qu’il fallait que je fabrique cette satanée presse qui manquait…
Pas d’Intermouettes, une bonne raison pour ne plus retarder le moment de la fabrication de la presse. J’avais déjà acheté la ferraille pour la faire. J’avais aussi acheté un poste de soudure au fil fourré (technique réputée la plus simple pour pratiquer la soudure à l’arc quand on est loin d’être un professionnel de la chose). Ne me manquait rien… et, cerise sur le gâteux (ou le gâteau, si vous préférez), ma pouse partait pour quelques jours hors les murs j’avais la maison pour moi tout seul et je pouvais laisser mon bordel partout tant que je n’avais pas terminé le boulot. Surtout, je pouvais me traiter de tous les noms avec une voix de stentor dès que je faisais une connerie, personne pour m’entendre râler, personne pour s’inquiéter…
Mon seul regret, c’est de n’avoir pas pensé à prendre quelques photos pendant la fabrication. La cisaille est opérationnelle avec sa presse maintenant. Deux ou trois photos pour le confirmer. Ah, j’oubliais : c’est une cisaille à carton et elle fait 60 cm de coupe.



Oui, je sais, la dernière photo est floue. Mais j'ai la flemme de la refaire. Je viens à peine de terminer la fabrication de la presse (et le nettoyage de l'atelier), et j'en ai plein les bottes.
Ça fait trois jours que dans ma petite région, on n’a plus d’Intermouettes. Trois jours ! Une éternité pour bon nombre. Je ne me suis pas renseigné mais il doit y avoir certains bipèdes par ici qui sont au bord du suicide. Surtout chez les trente ans et moins. J’en mettrai à couper une partie de mon anatomie… tiens, disons… mon oreille, pour faire comme Vincent ! J’ai besoin du reste pour continuer à bosser.
Qu’est-ce qu’on peut faire sans intermouettes de nos jours, à part déprimer dans le noir ou organiser ses petites tentatives de suicide raté ? Aller faire ses courses, par exemple. J’y suis allé ce matin parce que le frigo, sans être totalement vide n’était pas vraiment plein. Arrivé à la caisse, la gentille caissière me dit :
— On prend pas les cartes, on n’a plus d’Intermouettes ! C’est liquide ou chèque. Et si vous voulez de l’essence, c’est pas possible, on n’a plus d’Intermouettes…
Payer par chèque ! Reusement que comme tous les vieillards pré-séniles je me trimballe avec mon chéquier sur moi, vieille habitude. Une éternité que je ne l’avais pas sorti de ma poche. Ça se fait plus ce genre de trucs, les chèques… Même que les banques depuis quelques années envisagent de les supprimer, les chèques. Parce que ça leur coûte des sous, les chèques, puisqu’elles font fabriquer les chéquiers et qu’elles les donnent à leurs clients, les chéquiers. Oui, elles les donnent ! Vous vous rendez compte, elles les donnent les chéquiers. Elles les donnent ! Et elles perdent de l’argent en les donnant, et c’est contre nature que les banques perdent de l’argent puisqu’elles ont été inventées pour en gagner, de l’argent, avec l’argent qu’on leur donne. Enfin, on ne leur donne pas, on le leur confie et elles gagnent leur argent avec notre argent. Les banques, c’est le seul secteur économique qui ne produit rien, sauf de l’argent avec de l’argent. On pourrait envoyer toutes les banques et tous les banquiers sur la lune, ils pourraient se débrouiller entre eux pour gagner de l’argent, et nous, sur terre, on en reviendrait au troc… Bon, j’arrête là. Je pourrais en tartiner encore des pages et des pages mais on n’est pas là pour ça.
Donc, plus d’Intermouettes, pas un rézal social qui fonctionne, plus la possibilité d’acheter en ligne et surtout plus de petits chats sur YouTube… Gravissime !
Qu’est ce qu’on peut faire d’autre que faire ses courses quand on n’a plus d’Intermouettes ? On pourrait aller dehors et cultiver son jardin, comme Pangloss, encore faut-il avoir un jardin et aimer jardiner. Ou alors, on pourrait faire de la typographie au plomb dans son atelier de typographie au plomb. Pas besoin d’Intermouettes pour faire de la typographie au plomb. Même pas besoin d’électricité, souvent, pour faire de la typographie au plomb. C’est naturel, le plomb. C’est sain, le plomb. C’est écologique et c’est économe d’énergie, le plomb… et ça protège des radiations atomiques. Du moins, c’est économe d’énergie qu’on paye, pas d’énergie bipédique. Car il en faut de cette énergie-là avec la typographie au plomb. Car c’est lourd, le plomb.
Alors je suis dans mon atelier, sans Intermouettes, je tripote quelques bouts de plomb, histoire de me mettre en train, quand… sous mes yeux… et sous une petite pile de paperasse d’essais et d’objets qui n’ont rien à faire sur elle, j’aperçois une cisaille. Une cisaille que j’avais achetée voici bien longtemps, dans les années 1980, aux puces de Vanves, si je me souviens bien. Mais peut-être que je ne me souviens pas bien, car je ne suis pas sûr que c’était aux puces de Vanves. Cette cisaille, je ne l’avais pas achetée très cher, pour deux raisons. La première, parce que mon vendeur voulait s’en débarrasser, histoire de ne pas la ramener chez lui, parce qu’elle pèse son poids ; la deuxième parce qu’elle n’était pas complète. Il lui manquait sa presse. Et la presse est indispensable pour maintenir le carton ou le papier en place pendant qu’on le coupe. Sans elle, très gros risque de couper en courbe ou de travers.
Une cisaille de la marque Spid, une bonne marque. Les cisailles Spid sont généralement peintes en gris. Le gris, c’est de bon ton, c’est neutre, ça fait bien dans un atelier. La mienne était bleue, repeinte dégueulassement en bleu layette par un sagouin. Pendant des années je l’ai laissée comme ça, bleue, avec une presse bricolée à la va-comme-je-te-pousse à l’aide de d’une bande de polyéthylène que je pressais de la main gauche pendant que je coupais avec la droite. Mais ce bricolage n’était pas efficace et il m’arrivait de couper en courbe ou de travers. J’ai fini par ne plus l’utiliser et je l’ai remisée dans un coin jusqu’à l’été dernier où j’ai décidé de la restaurer pour lui donner une seconde jeunesse. Je l’ai démontée entièrement, je l’ai décapée, j’ai viré l’épouvantable peinture bleue en mettant le métal à nu, et je l’ai repeinte. En noir. Avec du rouge pour le poids et pour la poignée. Noir et rouge. La classe ! Mais toujours pas de presse… En la voyant dans mon atelier, depuis, à chaque fois, je pestais intérieurement en me disant qu’il fallait que je fabrique cette satanée presse qui manquait…
Pas d’Intermouettes, une bonne raison pour ne plus retarder le moment de la fabrication de la presse. J’avais déjà acheté la ferraille pour la faire. J’avais aussi acheté un poste de soudure au fil fourré (technique réputée la plus simple pour pratiquer la soudure à l’arc quand on est loin d’être un professionnel de la chose). Ne me manquait rien… et, cerise sur le gâteux (ou le gâteau, si vous préférez), ma pouse partait pour quelques jours hors les murs j’avais la maison pour moi tout seul et je pouvais laisser mon bordel partout tant que je n’avais pas terminé le boulot. Surtout, je pouvais me traiter de tous les noms avec une voix de stentor dès que je faisais une connerie, personne pour m’entendre râler, personne pour s’inquiéter…
Mon seul regret, c’est de n’avoir pas pensé à prendre quelques photos pendant la fabrication. La cisaille est opérationnelle avec sa presse maintenant. Deux ou trois photos pour le confirmer. Ah, j’oubliais : c’est une cisaille à carton et elle fait 60 cm de coupe.



Oui, je sais, la dernière photo est floue. Mais j'ai la flemme de la refaire. Je viens à peine de terminer la fabrication de la presse (et le nettoyage de l'atelier), et j'en ai plein les bottes.
L’homme au coin
10 pages,
format 8,5 x 8,5 cm.
tirage à environ 30 exemplaires en typographie au plomb.
Thomas Braun
des fromages
8 pages,
format 11,2 x 9 cm.
tirage à 131 exemplaires en typographie.
CLS
Un volumen,
79 cm de long, 17,5 cm de haut.
tirage à 10 exemplaires en linogravure.
Marie-Rose de France
26 petits textes en proses poétique. Vignettes de CLS.
tirage à 120 exemplaires en typographie au plomb.
... pour ceux qui auraient la flemme de chercher.
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Fornax éditeur 18, route de Coizard, 51230 Bannes – France